AccueilExpressions[Paroles de Candidats] - Marine Le Pen à Orléans : c’était mieux demain ? SÉRIE[Paroles de candidats] - Logométrie des discours de campagne 29/10/2026 [Paroles de Candidats] - Marine Le Pen à Orléans : c’était mieux demain ? Vie démocratiquePARTAGER Bruno Cautrès Expert Associé - Sociologie politique et Institutions Découvreznotre série [Paroles de candidats] - Logométrie des discours de campagne57 minutes, 7209 mots et une introduction par Jordan Bardella : à Orléans le 25 octobre, Marine Le Pen a tenu un meeting de campagne où les thèmes classiques du RN - autorité, contrôle des frontières, souveraineté nationale - se sont vus adjoindre un répertoire sémantique nouveau - le beau et la civilité - pour construire un imaginaire positif du changement. Si le socle de l’identité politique du RN ne bouge pas, le discours et l’angle de la campagne sont à un tournant.Le lieu choisi pour qu’un rassemblement politique s’y tienne ne doit rien au hasard. Meetings électoraux, pouvoir : la politique est toujours affaire de symboles. L’anthropologue Marc Abelès soulignait dès 1989 à propos des rassemblements électoraux "qu’ils ont en commun avec les rituels notabiliaires d’exiger de la part des protagonistes une présence physique, d’être eux aussi localisés, de se décomposer en une multiplicité de séquences, combiner des paroles et des symboles non verbaux : comportements gestuels, manipulations d’objets à valeur symbolique, le tout dans une mise en scène qui intègre conventionnellement l’ensemble action/discours. Autre analogie : la dimension religieuse de ces cérémonies qui renvoient les unes et les autres à une transcendance (la Nation, le Peuple, la classe ouvrière) : transcendance évoquée dans le discours des officiants ou par le jeu des symboles utilisés".Un meeting en haut lieu symboliqueLe rassemblement de Marine Le Pen organisé le 25 octobre à Orléans, dans la foulée du congrès du RN et de la réélection à sa tête de Jordan Bardella, n’échappe pas à la règle. Ce rassemblement s'est déroulé dans une atmosphère de fortes tensions politiques, sur fond de mobilisation "antifasciste" et de dispositif de sécurité exceptionnel. La ville a été le théâtre d’une séparation géographique, métaphorique de la polarisation politique : au sud de la Loire, les militants du RN réunis autour de Marine Le Pen et Jordan Bardella ; au nord, les milliers de manifestants venus protester contre l'extrême droite. Entre les deux, un impressionnant dispositif de quelque 3 000 policiers et gendarmes. Le contraste était d'autant plus frappant qu'à l'intérieur de l'enceinte du congrès, le RN affichait une impressionnante confiance militante (près de 10.000 participants selon le RN) et une volonté de conquête du pouvoir très affirmée.Mais la dimension symbolique du lieu, Orléans, tient également aux symboles de cette ville dans l’imaginaire politique français. Depuis 1958, Orléans se caractérise par une tradition politique modérée, incarnée par le centrisme démocrate-chrétien, le radicalisme et la droite républicaine. Incarnée par Roger Secrétain (1959-1971) et René Thinat (1971-1978), cette tradition n'exclut pas l'alternance : le socialiste Jean-Pierre Sueur dirigea la ville de 1989 à 2001. Son successeur, Serge Grouard, issu du gaullisme chiraquien, incarne une droite attachée à l'autorité et à la sécurité. Ancien RPR puis des LR, il quitte ce parti en 2023. Sa proximité avec Bruno Retailleau et certaines de ses prises de position témoignent d'un positionnement plus affirmé à droite que celui du centrisme municipal historique, notamment sur les questions d’immigration. Réélu en 2026 avec 57,8 % des voix, il bénéficie d'un solide ancrage local.Mais Orléans, c’est encore une autre dimension symbolique de l’imaginaire politique français. La libération d’Orléans par Jeanne d’Arc au printemps 1429 figure parmi les événements les plus connus de l’histoire de France. Ce symbole de l’identité française est perpétué toutes les années par les "Fêtes johanniques", ou "Fêtes de Jeanne d’Arc". Comme l’a bien analysé l’historien Martin Lefranc, "Ces fêtes ne sont pas qu’un simple hommage à la libératrice d’Orléans : organisées par une multitude d’acteurs et d’actrices, elles attirent et fédèrent des publics très différents, qui en comprennent les codes ; elles constituent un moment central de la vie locale et contribuent à la construction d’un sentiment d’appartenance à la cité. Pour les maires et leurs invités, qui peuvent être des personnalités politiques de premier plan, elles sont l’occasion de réaffirmer des principes de rassemblement et d’afficher un consensus".L’historien analyse notamment la manière dont les fêtes johanniques sont devenues un véritable enjeu de concurrence mémorielle et politique. À partir de 1989, sous l'impulsion du maire socialiste Jean-Pierre Sueur, elles sont investies d'une fonction explicitement républicaine : il s'agit de soustraire la figure de Jeanne d'Arc à son accaparement par l'extrême droite et d'en faire un symbole de rassemblement, plutôt que le marqueur d'une identité nationale exclusive. Cette bataille d’interprétation autour de la figure de Jeanne d’Arc n’en est pas moins toujours vive. Les fêtes johanniques apparaissent ainsi comme un terrain de lutte pour l'appropriation politique du passé, où se confrontent différentes manières de raconter l'histoire nationale et de définir l'appartenance à la communauté politique. Dans cette perspective, le choix d'Orléans pour le rassemblement du Rassemblement national prend une résonance symbolique très importante."Les fêtes johanniques apparaissent ainsi comme un terrain de lutte pour l'appropriation politique du passé, où se confrontent différentes manières de raconter l'histoire nationale."Jeanne d’Arc ou la relecture de l’HistoireLong de 57 minutes, précédé d’une intervention de Jordan Bardella, le discours de Marine Le Pen comporte 7209 mots dont 2007 différents, soit une richesse lexicale de 27,8 %. Composé de 368 phrases, avec près de 20 mots par phrase en moyenne et prononcé avec un débit moyen de 125 mots par minute, le discours obtient un score de 11,6 sur l’indice de Coleman et Liau- score très proche de celui des autres discours que nous avons analysés et qui correspond à un niveau de "lisibilité" qui correspond à la fin du secondaire.L’entame du discours est particulièrement intéressante du point de vue de l’analyse sémiotique. Dès les premiers mots de son discours, Marine Le Pen vient sur le terrain des signes symboliques, à propos de la ville d’Orléans : "Mesdames, messieurs, chers amis, il y a des villes, vous savez, qui portent en elles le symbole d'une histoire. Orléans où nous sommes est de celles-là. Dans cette cité, mes amis, qui connut l'épreuve, la peur, l'encerclement, l'histoire nous enseigne une leçon qui traverse les siècles. Aucune défaite n'est définitive tant qu'un peuple refuse de s'y résigner. Et c'est pourquoi cinq siècles après, Orléans murmure toujours à la conscience des Français, et aujourd'hui à notre oreille, la plus puissante des paraboles, celle du courage, de la volonté mais surtout de l'espérance. Mais avant de libérer la ville de la menace étrangère, il a fallu à Jeanne, notre héroïne nationale, accomplir une première conquête. Libérer les esprits de l'idée invalidante de l'impossibilité de la victoire. Il n'y a que les faibles, les sots ou les lâches qui voudraient que les autres leur ressemblent, les faibles, les sots et les lâches qui enseignent de ne pas résister, de ne pas se battre".Il faut ici remarquer l’emploi par Marine Le Pen du mot "parabole", dont le sens premier est celui de "court récit allégorique, symbolique, de caractère familier, sous lequel se cache un enseignement moral ou religieux, que l'on trouve en particulier dans les livres saints et qui fut utilisé par le Christ dans sa prédication". En organisant son congrès, puis le premier discours de la campagne officielle de Marine Le Pen à Orléans, le Rassemblement national a incontestablement souhaité faire de la figure de Jeanne d’Arc une allégorie du parcours de Marine Le Pen. Cette référence n’est pas nouvelle au RN : de 1988 à 2015, le Front national organisait chaque 1er mai un défilé à Paris, avec un hommage à Jeanne d'Arc. Cette tradition, instaurée par Jean-Marie Le Pen, fut progressivement abandonnée par Marine Le Pen à partir de 2016 et remplacé (depuis 2023 notamment) par des meetings du 1er mai en province, présentés comme des "Fêtes de la Nation". Elle a joué un rôle important dans le discours du 25 octobre : si Marine Le Pen ne parle plus de Jeanne d’Arc dans la suite de son discours, c’est bien l’image d’une héroïne sauveuse de la nation française qu’elle a voulu présenter d’elle-même ce 25 octobre.La renaissance resémantiséeCette référence à Jeanne d'Arc peut être rapprochée d’un point capital du discours et de la campagne présidentielle de Marine Le Pen, le thème et le mot de "renaissance". À travers la figure de Jeanne d'Arc, Marine Le Pen convoque l'imaginaire d'une France menacée mais susceptible être sauvée : la promesse de "renaissance" inscrit cette référence dans une perspective de redressement national. L'articulation des deux références construit une analogie entre la mission historique de Jeanne d’Arc et celle que la candidate du RN s’est donnée. La "renaissance" annoncée n’est pas un simple slogan de campagne et de communication politique : elle constitue un récit mythologique dans lequel le déclin présent a engendré son antithèse et son antidote : le RN, et sa candidate, qui vont redonner à la France sa grandeur perdue.La distribution des mots les plus fréquents (ceux employés au moins 10 fois) montre tout d’abord que le discours de Marine Le Pen utilise tout d’abord le même répertoire sémantique que les autres candidats : les mot "France" (40 occurrences), "français" (27) et "amis" (13) sont classiquement utilisés dans les discours de campagne présidentielle même s’il faut remarquer la très forte fréquence du mot "France". Il n’est pas non plus surprenant de constater la forte présence du mot "pays" (20 occurrences) "politique" (21) ou "monde" (19) tant les discours de discours de campagne présidentielle veulent toujours parler du "pays" et de sa place de la "monde" et de "politique" bien sûr. Un second répertoire de mots fait apparaître une plus nette spécificité du discours lepéniste : les mots "peuple" (20 occurrences), "puissance" (16), "nation" (14) ou "histoire" (13) sont caractéristiques d’un discours qui veut mettre au centre la question du "peuple", de la souveraineté de la "nation" et de sa "puissance" qu’il faut restaurer et de son "histoire" avec laquelle il faut renouer. Un troisième répertoire plus original apparaît : les mots "renaissance" (21 occurrences) et "beau" (12) témoignent d’une des particularités de la campagne de Marine Le Pen pour cette élection.Cette trilogie de répertoires sémantiques sur laquelle repose le discours de Marine Le Pen du 25 octobre se retrouve dans le nuage des mots. Pour produire ce nuage de mots, nous avons "lemmatisé" ceux-ci et avons retenu les 320 "lemmes" apparus au moins trois fois.Il faut nous arrêter sur ces deux termes, "renaissance" (en bas du nuage des mots) et "beau" (en haut à gauche), car ils nous permettent de révéler l’un des ressorts cachés de la campagne présidentielle de Marine Le Pen.En venant sur le terrain du parti macroniste, l’empêchant de se positionner comme le seul parti de la "renaissance", la campagne de Marine Le Pen a réalisé une subtile opération que les linguistes nomment "re-sémantisation" : reprendre le terme qui caractérise un autre candidat et en modifier ainsi le sens pour le retourner en sa faveur. Le terme de "renaissance" est en effet fortement investi par le macronisme (qui en a fait le nom de son parti) et son imaginaire politique de renouveau, de renouvellement, de dépassement des "anciens" clivages. Le point clef du discours de Marine Le Pen, le 25 octobre, est de vouloir renverser en sa faveur l’opposition entre un macronisme supposé tourné vers l’optimisme, l’avenir, la "renaissance" et un RN régulièrement renvoyé au passéisme et aux "passions tristes" dont parlait Emmanuel Macron en début de ses mandats.Un extrait du discours atteste de manière particulièrement significative cette "re-sémantisation". Il s’agit d’un très long passage du discours qui dure près de six minutes, soit un dixième du discours et 795 mots prononcés. Marine Le Pen montre dans ce long passage qu’il s’agit, à travers la "re-sémantisation" du mot "renaissance", de redonner au terme une signification différente et concurrente de celle du parti macroniste. On ne peut ici donner cet extrait dans son entier tant il est long, mais on peut en donner quelques extraits : "La voie, mes amis, que je vous propose de tracer est celle de la renaissance, la renaissance pour la France. La renaissance, c'est d'abord une méthode. Ce n'est pas une rupture brutale et encore moins une révolution destructrice. C'est l'élévation progressive de tout un pays vers le beau, le vrai, le juste, vers la sécurité, la prospérité, la créativité. La renaissance est savoir dans le passé mais sans cette nostalgie qui a anesthésié, qui paralyse ou qui incite à revenir en arrière. Nous ne sommes pas dans le "c'était mieux avant". Nous disons "c'était bien avant, ce sera mieux demain". La Renaissance, ce n'est pas la copie du passé. Vous l'avez compris, je ne vous propose pas de refaire la France d'avant. Je vous propose de concevoir et de construire la France de demain. Ce sera un projet commun à tous les Français et donc fédérateur. Une même vision partagée par tout un peuple. La renaissance, c'est la volonté de puiser dans notre histoire les matériaux, les valeurs, les principes qui permettront d'inventer le futur, notre futur. C'est l'ambition de faire des temps qui viennent une nouvelle période de création politique, économique, artistique, architecturale et littéraire. Comme à la Renaissance, ce que nous proposons au pays, ce n'est pas un retour vers le passé, mais l'avènement d'une ère nouvelle, une ère de liberté, une ère de vitalité créatrice pour inscrire pleinement la France dans le 3e millénaire, pour lui redonner sa puissance, sa grandeur et son rayonnement".Vers la concorde civile ?La place accordée dans le discours au "beau", une dimension que Marine Le Pen avait déjà abordée dans son discours du 13 septembre, à la "civilité" et à la "créativité" participe de cette construction d'un imaginaire positif du changement. Marine Le Pen a tout simplement voulu inverser le stigmate d’un RN qui incarnerait le conservatisme passéiste et unifier ce nouveau discours à l’imaginaire habituel du RN. La re-sémantisation du mot "renaissance" s'accompagne d'une tentative de requalification de l'identité politique du RN lui-même, qui entend apparaître non plus comme le parti du retour en arrière, mais comme celui d'un renouveau national."La place accordée dans le discours au "beau", une dimension que Marine Le Pen avait déjà abordée dans son discours du 13 septembre, à la "civilité" et à la "créativité" participe de cette construction d'un imaginaire positif du changement."On peut observer ici l’une des caractéristiques dominantes de la campagne de Marine Le Pen : comme nous l’avions analysé pour son discours du 13 septembre, où s’imbriquait un discours social sur l’accès au logement avec le thème pilier traditionnel du RN, la "priorité nationale", le 25 octobre Marine Le Pen a proposé à nouveau d’incruster dans les thèmes classiques du RN (autorité, contrôle des frontières, avec la "double frontière", expulsion des étrangers délinquants, réaffirmation de la souveraineté nationale) un répertoire sémantique nouveau : le "beau" et la "civilité", deux mots positivement connotés qui visent à adoucir le message.Les analyses réalisées jusqu’à présent ont principalement porté sur la fréquence des mots et des thèmes, ainsi que sur leur caractère traditionnel ou relativement nouveau dans les répertoires sémantiques de Marine Le Pen. Mais une analyse des seules fréquences ne permet pas de saisir la manière dont ces différents registres s’articulent au sein du discours. Il faut prolonger cette première approche par une analyse des "réseaux lexicaux", afin d’observer les relations entre les mots. Nous avons utilisé ici la même méthode que pour notre analyse du discours de Gabriel Attal à Lyon, en mobilisant le logiciel libre Gephi pour représenter les relations de cooccurrence entre les mots.Compte tenu de la longueur du discours et de la diversité des thèmes abordés, nous avons choisi de présenter une version simplifiée du réseau sémantique, constituée de 49 lemmes et de 133 liens de cooccurrence. Les couleurs des points distinguent les différentes "communautés lexicales" identifiées par Gephi : chaque couleur correspond à un ensemble de mots qui entretiennent relativement davantage de relations entre eux qu’avec les autres termes du réseau. On distingue notamment une communauté violette organisée autour de "France", "vivre", "monde" et "puissance" ; une communauté orange autour de "Français", "pays" et "national" ; une communauté bleue réunissant notamment "renaissance", "homme", "savoir" et "limite" ; une communauté verte associant "nation", "vie", "société", "civilité" et "beau" ; enfin, une communauté gris foncé autour de "État", "droit", "sécurité", "protéger" et "respect". D’autres communautés, plus réduites, apparaissent également. La taille des points reflète la fréquence des mots, tandis que les traits représentent leurs liens de cooccurrence. Ces communautés ne constituent pas des catégories thématiques définies à l’avance : elles résultent des relations statistiques observées entre les mots.Nation, vie en société, puissance : trois thèmes clefsLa première observation concerne le rôle structurant du vocabulaire national et, plus particulièrement, des mots "France" et "Français". Le premier appartient à la communauté violette, le second à la communauté orange. Cette distinction est intéressante : les deux termes, qui pourraient sembler appartenir à un même ensemble sémantique, occupent des positions différentes dans le réseau et participent à l’articulation de plusieurs registres lexicaux. Le mot "France", particulièrement central, apparaît ainsi comme un point de passage entre les références au "peuple", à "l’homme", à la "société", à la "puissance" ou encore à la "vie" collective, autant de termes dont l’histogramme de la figure 1 et le nuage de mots de la figure 2 ont déjà montré l’importance. Le vocabulaire national ne constitue donc pas simplement un thème parmi d’autres : il donne le cadre commun dans lequel les différentes dimensions du projet politique s’organisent.Une deuxième observation concerne la place du vocabulaire de l’homme et de la vie en société. Les termes "homme" et "savoir", qui appartiennent à la communauté bleue, voisinent dans le réseau avec des mots relevant d’autres ensembles, comme "vivre" (communauté violette), "société", "nation", "vie", "civilité" ou "beau" (communauté verte). Cette répartition est significative : le discours ne se limite pas à une conception souverainiste de la nation, il développe également une représentation de la société souhaitable. C’est dans cette perspective que les références à la "civilité" et au "beau", prennent leur sens : ces deux notions introduisent dans le projet politique de Marine Le Pen une dimension morale et de manière plus surprenante une dimension esthétique. Il ne s’agit pas uniquement de restaurer la puissance de la France ou l’autorité de l’État, mais aussi d’atteindre une société plus harmonieuse.Une troisième observation, sans doute la plus importante, tient à la coexistence de ce vocabulaire du renouveau avec les registres beaucoup plus traditionnels du Rassemblement national. Le réseau fait apparaître une communauté gris foncé organisée notamment autour de "État", "droit", "sécurité", "protéger" et "respect", tandis que le terme "puissance" appartient à la communauté violette. Ces mots renvoient aux thèmes classiques du RN : le rétablissement de l’autorité, la protection des Français, la souveraineté nationale et la restauration de la puissance de l’État. Mais ils coexistent désormais avec les références à la "beau", à la "civilité", au "savoir" et à la "créativité". Comme nous l’avions déjà observé dans notre analyse du discours du 13 septembre, Marine Le Pen cherche plutôt à faire coexister des registres différents, selon un procédé que nous avons proposé de qualifier d’"incrustation" : introduire dans le répertoire traditionnel du RN des notions nouvelles, plus positivement connotées, sans renoncer aux thèmes qui constituent le socle de son identité politique."Marine Le Pen cherche plutôt à faire coexister des registres différents, selon un procédé que nous avons proposé de qualifier d’"incrustation" : introduire dans le répertoire traditionnel du RN des notions nouvelles, plus positivement connotées, sans renoncer aux thèmes qui constituent le socle de son identité politique."Cette articulation est essentielle pour comprendre la logique du discours. La promesse d’une société plus harmonieuse n’est pas présentée comme une alternative au rétablissement de l’autorité ou de la souveraineté. Marine Le Pen n’est pas devenue une partisane d’une société de l’harmonie généralisée… mais elle voit celle-ci comme la conséquence du rétablissement de l’autorité et de la souveraineté. C’est ici que le mot "renaissance", situé dans la communauté bleue, prend toute son importance. Sa fonction dans le discours est de donner de la cohérence narrative : pour que la discours n’apparaisse pas comme le patchwork du discours traditionnel du RN avec un discours de communication empruntant aux thèmes de l’air du temps, la notion de "renaissance" permet à Marine Le Pen de présenter le retour de l’autorité, la protection de l’identité nationale et la restauration de la puissance française non pas comme les signes d’un repli identitaire sur le passé mais comme la condition d’une "ce sera mieux demain".Un tournant pour la campagne ?Assiste-t-on nous, pendant cette campagne présidentielle, à une mutation du discours de Marine Le Pen, de son personnage et de son angle de campagne ? Après un discours sur le logement social et l’accès à la propriété, combiné au thème de la "priorité nationale", le discours du 25 octobre a voulu prolonger l’incrustation d’une sémantique nouvelle (la "renaissance", le "beau" et même "l’émancipation") dans le répertoire classique des thèmes du RN. Tandis que Jordan Bardella, dans son discours avant Marine Le Pen, reprenait les fondamentaux du discours du RN, la candidate du RN a souhaité élargir la palette discursive et parler à d’autres électorats que son socle. Cette opération de "re-sémantisation" joue-t-elle un rôle dans la capacité de Marine Le Pen à se maintenir très haut dans les intentions de vote ? Force est de constater que cela a l’air de fonctionner pour le moment. Cet assemblage de l’ancien et du nouveau tiendra-t-il jusqu’au début de 2027, lorsque les intentions de vote entreront dans leur phase de durcissement et de "cristallisation" ? C’est là l’une des principales questions de cette présidentielle !"La candidate du RN a souhaité élargir la palette discursive et parler à d’autres électorats que son socle."Les analyses présentées ici ont été réalisées par Bruno Cautrès avec l’appui de ChatGPT (OpenAI), dans le cadre du développement de "DiscoursLab", un ensemble d’outils d’analyse des données textuelles, développé par Bruno Cautrès. L’intelligence artificielle a été utilisée comme outil de co- développement pour la préparation et l’exécution des scripts d’analyse en Python, le traitement des données, la réalisation des visualisations et l’aide à leur interprétation. Les choix méthodologiques, la validation des données et des résultats ainsi que l’interprétation et la rédaction relèvent de Bruno Cautrès. Tous les prompts de dialogue et de travail de Bruno Cautrès avec l’IA sont disponibles sur simple demande auprès de l’auteur.Copyright Alain JOCARD / AFPLa présidente du RN aux côtés de Jordan Bardella et d’Éric Ciotti à Orléans le 25 octobre 2026PARTAGERcontenus associés 21/10/2026 [Le monde vu d’ailleurs] - La génération Z et l’avenir du modèle européen Bernard Chappedelaine 28/10/2026 [Le monde vu d’ailleurs] - Tensions sociales et politiques : la France au m... Bernard Chappedelaine 18/09/2026 [Paroles de Candidats] - Marine Le Pen et le logement : "impossibilisme" n’... Bruno Cautrès