AccueilExpressionsLégislatives en Israël : les trois leçons d’une élection indécise 28/10/2026 Législatives en Israël : les trois leçons d’une élection indéciseMoyen-Orient et AfriquePARTAGER Jean-Loup Samaan Expert Associé - Moyen-Orient Les élections législatives en Israël, malgré un taux de participation historique, pourraient aboutir à une impasse. Alors que le scrutin était compris comme un référendum sur la personne de Nétanyahou, ni le Likoud ni le camp de Gadi Eisenkot n’obtient la majorité absolue, actant la fragmentation du paysage politique. Confirmation de l’ancrage à droite du pays, score étonnamment élevé des partis arabes, échec en demi-teinte de Gadi Eisenkot : quelles sont les leçons du scrutin ?Le 27 octobre, les Israéliens se sont rendus massivement aux urnes pour élire les 120 députés de la Knesset. Avec un taux de participation estimé à 77,7 %, il s’agit de la plus forte mobilisation pour un scrutin national depuis 1999. Plus de 67 000 expatriés israéliens seraient rentrés au pays ces derniers jours pour exercer leur droit de vote (Israël ne permet pas le vote à distance). L’enjeu était de taille : c’était la première élection depuis l’attaque surprise lancée par le Hamas le 7 octobre 2023, qui a fait 1 200 morts et déclenché une série de guerres, de Gaza au Liban, jusqu’à l’Iran.Un résultat incertainNéanmoins, si cette forte mobilisation témoigne de la vitalité de la démocratie israélienne, le résultat n’a rien de décisif. Au lendemain du scrutin, les deux principaux candidats, le Premier ministre sortant, Benyamin Nétanyahou, et son rival, l’ancien chef d’état-major des armées, Gadi Eisenkot, se retrouvent dans une impasse. Les résultats définitifs ne seront sans doute connus qu’à la fin de la semaine mais aucun des deux camps ne devrait être en mesure d’obtenir la majorité de 61 sièges à la Knesset.D’après les dernières projections de sortie des urnes (à la mi-journée du mercredi 28 octobre), trois enseignements méritent d’être retenus, tant ils révèlent les profondes lignes de fracture de la politique israélienne. Premièrement, l’érosion du Likoud, le parti de Nétanyahou, s’avère marginale. Passé de 32 sièges en 2022 à une fourchette comprise entre 27 et 29 cette année, le Likoud demeure la première force du Parlement israélien. Le résultat mérite d’être souligné, alors que le scrutin devait prendre des allures de référendum sur la personne de Nétanyahou, et plus précisément sur sa responsabilité dans l’échec à prévenir les attaques du 7 octobre 2023. Les sondages réalisés au cours des deux dernières années indiquaient régulièrement une opinion défavorable de la majorité des Israéliens à son égard. Or, le résultat de ces élections montre que, malgré tout, beaucoup en Israël continuent de préférer l’ancrage à droite de Bibi à la plateforme centriste promue par Gadi Eisenkot. Le Premier Ministre sortant conserve ainsi une marge suffisante pour se présenter comme le mieux placé pour former une coalition.Il en découle le deuxième enseignement de ce scrutin : Gadi Eisenkot, comme d’autres centristes avant lui, n’a pas su capitaliser sur la dynamique anti-Bibi qui avait initialement favorisé sa candidature. Ayant accompli toute sa carrière au sein de l’armée, Eisenkot reste un novice en politique. Il a fondé son parti, Yashar (signifiant à la fois "tout droit" et "intègre" en hébreu), il y a à peine un an. Au cours des derniers mois, il a mené une campagne sobre, autour d’un message unique : remplacer Nétanyahou. Issu d’un milieu modeste et élevé dans une famille juive d’origine marocaine, Eisenkot faisait figure d’antithèse du charismatique Nétanyahou. Pour autant, le général de 66 ans n’a proposé aucune vision alternative d’Israël susceptible de galvaniser les électeurs. Sur de nombreux sujets clés, qu’il s’agisse des guerres à Gaza, en Iran ou au Liban, les positions d’Eisenkot restent similaires à celles de Nétanyahou. En Cisjordanie, Eisenkot promet de poursuivre en justice les colons responsables d’attaques contre des Palestiniens, un phénomène croissant que le gouvernement de Nétanyahou a toléré. Toutefois, il a clairement affiché son soutien au projet de colonisation et s’oppose (comme la majeure partie des partis israéliens) à la reconnaissance d’un État palestinien.Troisième enseignement : le score étonnamment élevé des partis arabes, Ra’am et la Liste unifiée, qui pourraient, ensemble, passer de 10 sièges en 2022 à une fourchette de 15 à 18 aujourd’hui. Aucune autre force politique en lice ne connaît une telle progression. Les partis arabes devraient donc jouir d’une influence importante au sein de la Knesset. Que les citoyens arabes d’Israël, qui représentent environ 21 % de la population, participent au processus politique et obtiennent une représentation crédible constitue un signe positif. Mais cela met aussi en lumière les profondes contradictions de la politique israélienne, puisque Nétanyahou et Eisenkot ont refusé d’envisager ces partis comme des partenaires de leurs coalitions respectives.Une coalition pour gouverner : le prochain défi du paysDans les jours à venir, la prochaine étape consistera pour le président israélien, Isaac Herzog, à confier à l’un des candidats la mission de former un gouvernement. Herzog devra juger lequel, entre Nétanyahou et Eisenkot, est le mieux à même de bâtir une coalition capable d’obtenir la confiance du Parlement, condition indispensable pour faire adopter les lois et le budget annuel. De nombreuses tractations en coulisses devraient donc s’engager, et les promesses fermes de campagne passeront au second plan au nom du pragmatisme (et de l’opportunisme). Nétanyahou pourrait ainsi courtiser certains partenaires d’Eisenkot, plus proches de lui sur le plan idéologique que de l’ancien chef d’état-major. Les membres de Yisrael Beiteinu, parti de droite fondé par Avigdor Lieberman (ancien ministre de la Défense de Nétanyahou), pourraient être tentés de rallier une coalition menée par le Likoud. De même, B’Yachad ("Ensemble"), la liste réunissant deux anciens Premiers ministres, le centriste Yaïr Lapid et Naftali Bennett, issu de la droite religieuse, pourrait se diviser quant à l’opportunité de rejoindre une coalition dirigée par le Premier Ministre sortant.L’une des grandes inconnues de ces négociations sera le rôle des partis arabes. Nétanyahou a longtemps agité le vote arabe comme un épouvantail pour mobiliser l’électorat juif israélien de droite. Dans les derniers jours de la campagne, il les a accusés de vouloir "voler l’élection". Eisenkot s’est montré plus ambigu quant à la participation des partis arabes à une éventuelle coalition, affirmant que ces derniers devraient d’abord faire des concessions publiques, notamment en dénonçant le Hamas comme organisation terroriste. En tant que chef de file du camp anti-Nétanyahou, Eisenkot fait désormais face à un dilemme majeur. Dans les circonstances actuelles, s’il veut former une coalition viable, il n’aura sans doute d’autre choix que de conclure un accord avec ces partis. Mais s’il le fait, ses partenaires les plus à droite (Lieberman, Bennett) pourraient s’y opposer, voire se tourner vers Nétanyahou.En définitive, si ni Nétanyahou ni Eisenkot ne parviennent à former une coalition crédible, la Knesset sera dissoute et les Israéliens devront retourner aux urnes. Le scénario n’a rien d’invraisemblable : entre avril 2019 et novembre 2022, les citoyens de l’État hébreu ont voté pas moins de cinq fois, faute de parvenir à former un gouvernement stable. L’élection de 2026 montre que la démocratie israélienne reste bien vivante : les Israéliens se sont mobilisés comme jamais depuis les années 1990 pour choisir qui les gouvernerait. Pour autant, le résultat révèle un pays trop fragmenté pour tourner la page de l’après-7 octobre.Copyright Jalaa MAREY / AFPLe Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 28 octobre 2026PARTAGERcontenus associés 21/10/2026 Élections législatives en Israël : "Le débat électoral est ravalé à un feui... Denis Charbit 20/07/2026 Guerre en Iran : États-Unis, de la légitime défense à la guerre punitive Reza Pirzadeh 13/10/2025 Le jour d'après, de Gaza à l'Ukraine Michel Duclos 27/04/2026 Liban : quelles chances pour la paix ? Michel Duclos 22/06/2026 Iran : la guerre ratée du président Trump Michel Duclos