AccueilExpressions[Paroles de candidats] - Marine Tondelier, la liberté guidant Les ÉcologistesSÉRIE[Paroles de candidats] - Logométrie des discours de campagne 08/10/2026 [Paroles de candidats] - Marine Tondelier, la liberté guidant Les ÉcologistesVie démocratiquePARTAGER Bruno Cautrès Expert Associé - Sociologie politique et Institutions Découvreznotre série [Paroles de candidats] - Logométrie des discours de campagne43 minutes, 5169 mots (en 308 phrases), un débit moyen de 118 mots par minute et deux prompteurs : Marine Tondelier a prononcé son premier discours de candidate le 21 août près de Grenoble. Un objectif : démontrer que l’image d’une écologie "punitive" faite de contraintes et d’interdictions était infondée. Au contraire, affirme la Secrétaire nationale des Écologistes, l’"écologie, c’est la liberté".C’est à Grenoble que Les Écologistes ont tenu à la fin août leurs universités d’été et c’est depuis le campus de la "capitale des Alpes" que Marine Tondelier a prononcé (le 21 août) son premier discours de campagne présidentielle. Le choix de prononcer un discours dans tel ou tel lieu est significatif : Grenoble est la première ville de plus de 100 000 habitants remportée par les écologistes en 2014 (par Éric Piolle, réélu maire en 2020). L’ancrage écologiste et à gauche de la ville a été confirmé lors des municipales de 2026, avec l’élection à la mairie de Laurence Ruffin à la tête d’une liste d’union de la gauche.La ville est aujourd’hui clairement à gauche : à la présidentielle de 2022, Jean-Luc Mélenchon y est arrivé en tête avec près de 39 % des suffrages exprimés (Yannick Jadot y a rassemblé près de 9 %, quasiment le double de son score national). Aux européennes de 2024, la liste de Manon Aubry (LFI) a obtenu près de 22 % des voix (plus du double de son score national), au coude-à-coude avec celle de Raphaël Glucksmann (21 %, 7 points au-dessus de sa moyenne nationale). Aux dernières élections législatives, les deux circonscriptions qui couvrent en partie la ville (1er et 3e circonscriptions de l’Isère) avaient envoyé à l'Assemblée nationale deux députés LFI (l’un des deux a démissionné quelques semaines après son élection en 2024, laissant son siège à une députée Ensemble à l’issue d’une élection partielle).Si Les Écologistes ont choisi Grenoble, pour la seconde fois (après 2022), c’est aussi qu’ils considèrent la ville comme le site de "l’écologie pionnière". La ville a l’image d’une "ville-laboratoire" en terme démocratique et écologique : budgets-participatifs, liens étroits entre la municipalité et le tissu associatif. Cet héritage remonte aux années 1960, quand le maire socialiste de l’époque (Hubert Dubedout) voulait gouverner la ville avec la société civile. La situation géographique de la ville en fait aussi un lieu hautement symbolique pour l’écologie : elle est entourée des montages et des massifs des Alpes et entretient avec la nature un lien fondamental mais, coincée dans une cuvette au milieu des montagnes, la ville connaît aussi des pics de pollution qui l’ont incitée de longue date à miser sur les transports en commun publics et les pistes cyclables. La ville est aussi une grande ville universitaire qui accueille près de 60 000 étudiants (presque un habitant sur 5 de la métropole), avec un campus hors de la ville mais très bien relié à elle en transports publics. C’est sur ce campus, Saint-Martin-d’Hères, que les écologistes ont tenu leur université d’été à la fin août.La gauche et l’écologie ancrée à gauche jouent donc "à domicile" : Grenoble fait figure de preuve par le fait que l’écologie politique fortement située à gauche est capable de conquérir une grande ville, de la gouverner durablement et d’agréger autour d'elle plusieurs composantes de la gauche."Grenoble fait figure de preuve par le fait que l’écologie politique fortement située à gauche est capable de conquérir une grande ville."Du point de vue de la scénographie, Marine Tondelier a prononcé son discours apparemment sans notes : sans se tenir derrière un pupitre, elle s’est déplacée sur la scène et a accompagné son propos d'une gestuelle importante tout en restant en interaction avec la salle.Cette posture orale très naturelle ne signifie pas que le discours était improvisé : deux prompteurs transparents étaient disposés de part et d'autre de la scène afin de faciliter une forme "d’oralité préparée" : un contenu balisé en amont (le texte en est disponible sur le site des écologistes) mais une mise en scène qui préserve l’apparence du discours oral, spontané et adressé au public.Venons-en au discours proprement dit : 43 minutes, 5169 mots (en 308 phrases), un débit moyen de 118 mots par minute avec des phrases composées de 17 mots en moyenne. Lorsque l’on retire les mots-vides, le discours comporte 1839 mots dont 60 % sont différents les uns des autres. Ces premiers indicateurs statistiques montrent un discours assez long, développé et prononcé sur un rythme relativement posé, qui laisse une place importante au développement argumentatif. L’indice de "lisibilité" de Coleman-Liau que nous calculons pour chaque discours analysé prend la valeur de 11, une valeur qui doit être interprétés avec prudence car il a vocation à caractériser des textes plutôt que des discours oraux.Les mots les plus fréquemment employés figurent sur l’histogramme, qui retient ceux qui ont été prononcés au moins sept fois. Le terme "écologie" (29 occurrences) apparaît en premier et l’ensemble des termes proches ou associés sont également fortement présents dans le discours : "écologistes" (18 occurrences), "climatique" (10), "limites" (8). Dans le détail, lorsque Marine Tondelier utilise le terme "écologistes", c’est pour parler du mouvement politique qu’elle préside ou du courant de pensée dans lequel elle s’inscrit. Lorsqu’elle parle des "limites", ce sont à la fois les "limites de la planète" que nous avons atteintes et la nécessité d’une écologie qui pose des "limites" à cette épuisement des ressources naturelles. L’histogramme montre que le discours développe une approche "politique" (18 occurrences) de l’écologie et du changement climatique, qui se revendique de la "gauche" (13), dans une opposition à la "droite" (7). Le discours inscrit son propos écologiste dans une plus large réflexion sur le "monde" (13) et les limites de ce monde. Cette approche globale sous-tend un propos porteur de l’espoir de faire gagner la gauche aux prochaines élections, un fil directeur du discours.Jusque là, rien de très surprenant de la part de Marine Tondelier, infatigable militante de la cause de l’union de la gauche et d’une écologie politique fortement ancrée à gauche. Mais l’histogramme réserve une surprise : la place occupée par le terme "liberté", second dans l’ordre des fréquences (18 occurrences ex-aequo avec le terme "politique"), un terme habituellement davantage rencontré dans le répertoire sémantique de la droite que de la gauche."L’histogramme réserve une surprise : la place occupée par le terme "liberté", second dans l’ordre des fréquences (18 occurrences ex-aequo avec le terme "politique"), un terme habituellement davantage rencontré dans le répertoire sémantique de la droite que de la gauche."Pour comprendre la place occupée par ce terme dans le discours, nous avons choisi de faire une "analyse de concordance", c’est-à-dire d’en contextualiser l’utilisation. Le terme "liberté" occupe une place importante dans un segment bien précis du discours, où Marine Tondelier veut montrer que si l’écologie doit imposer des "limites", c’est au profit d’une nouvelle forme de la "liberté". Marine Tondelier cite le livre La liberté des limites de la chercheuse Lauriane Mouysset. La chercheuse, philosophe et spécialiste de l’écologie, y propose une refondation de la notion de "liberté" : de même qu'un navigateur ne peut supprimer les éléments naturels (vents, courants) mais doit apprendre à les connaître pour les maîtriser et tracer sa route, nous devons comprendre notre dépendance aux écosystèmes ; cette dépendance, loin d’entraver notre liberté, en est le ressort essentiel.Marine Tondelier consacre un très long développement à ce livre et ses conclusions : "la vérité, c'est que l'écologie est la condition même de notre existence et donc une des premières conditions de notre liberté […]. Nous serions ceux qui veulent interdire, contraindre, empêcher, ceux qui voudraient dire aux gens comment se déplacer, comment manger... En somme il y aurait d'un côté la liberté et de l'autre côté l'écologie. […] C'est exactement l'inverse. L'écologie c'est la liberté[…]. La vraie question, ce n’est pas de savoir si l'écologie impose parfois des limites : bien sûr que toute politique publique impose des limites, de la protection de l'enfance au droit du travail."Marine Tondelier s’attache ainsi à contrecarrer l’image de "l’écologie punitive" qu’utilisent ses adversaires politiques. Au-delà du thème de la liberté, elle emploie à 9 reprises le mot "promesse", dès les premières phrases de son discours. La candidate, qui allait donner naissance à son second enfant [né le 18 septembre dernier], parle de la "promesse heureuse" qu’elle attend. Et se demande dans quel monde cet enfant va grandir : "Ce monde ressemble malheureusement à l'été que nous sommes en train de vivre. Il ressemble à tous ces printemps silencieux qui avaient été annoncés, il ressemble à tout ce que les scientifiques ont décrit, documenté, expliqué, à tout ce que les écologistes ont dit, crié souvent seuls, moqués, dénigrés (…) Les écologistes ont toujours regardé l'avenir, mais pas juste pour en avoir peur, pas pour s'inquiéter. Nous, nous regardons l'avenir pour le changer". C’est une "promesse républicaine" de changer le monde pour sauver la planète et la laisser en meilleur état pour les nouvelles générations que Marine Tondelier s’engage à respecter."Marine Tondelier s’attache ainsi à contrecarrer l’image de "l’écologie punitive" qu’utilisent ses adversaires politiques."Les grands axes qui portent son discours se retrouvent dans le nuage des mots, cette représentation graphique très intuitive visuellement mais qui doit être interprétée avec prudence puisqu’elle ne restitue ni le contexte d’emploi des mots ni leurs relations syntaxiques ou sémantiques. Par ailleurs, son apparence dépend des choix méthodologiques qui ont été faits pour nettoyer et préparer le corpus analysé, ce que l’on appelle le "pré-traitement". Le nuage de mots ne fait que visualiser de manière élégante les fréquences des mots. Ici, il s’agit des mots employés au moins 3 fois.Le premier constat est celui d’un discours organisé autour d’un noyau lexical cohérent : "écologie" (29 occurrences), "politique" (18), "écologistes" (18), "gauche" (13), "monde" (13) et "climatique" (10) occupent effectivement une place centrale. Mais le nuage fait également mieux ressortir la coexistence de plusieurs registres sémantiques. À celui de l’écologie et de la politique s’ajoute celui des principes et des valeurs et les termes "droit" (9), "sécurité" (7) ou "défendre" (7). Un troisième registre est davantage tourné vers l’action et la transformation du monde : "puissance" (10), "moyens" (8), "gagner" (8), "protéger", "comprendre", "prendre" ou "vouloir". Enfin, "promesse" (9) occupe une place visuellement importante et fait écho au passage analysé précédemment : l’écologie que Marine Tondelier cherche à mettre en scène n’est pas seulement une politique de contraintes ou de "limites" (8), mais une proposition positive, associée à la liberté, à la protection et à la possibilité d’agir et à une "promesse heureuse" et "républicaine". Le nuage donne ainsi à voir ce qui constitue peut-être la caractéristique lexicale la plus intéressante de ce discours : la tentative d’articuler le vocabulaire attendu de l’écologie à un lexique de la liberté et de la protection."L’écologie que Marine Tondelier cherche à mettre en scène n’est pas seulement une politique de contraintes ou de "limites"."Le nuage de mots permet de visualiser les principaux registres lexicaux du discours, mais il ne dit rien de la manière dont ceux-ci se distribuent le long du discours. Comme pour d’autres analyses de discours, nous avons souhaité comprendre la dynamique du discours de Marine Tondelier par la méthode des "bubble lines" : on découpe le corpus en séquences de taille égale et l’on regarde les fréquences des mots d’une séquence à l’autre. Le graphique 3 présente cette analyse temporelle des fréquences d’un certain nombre de mots que nous avons choisis compte tenu de leur importance dans le discours de Marine Tondelier. Dans ce graphique, chaque bulle représente une occurrence du terme considéré et sa position sur l'axe horizontal indique le moment où elle apparaît dans le déroulement du discours, ramené sur une échelle allant de 0 à 100 %. La visualisation porte ici sur les huit mots apparaissant au moins dix fois dans le discours.Trois termes comptent 18 occurrences ("liberté", "politique" et "écologistes") mais présentent des profils temporels très différents : si "politique" est employé tout au long du discours ainsi que "écologistes", en revanche "liberté" présente une distribution beaucoup plus concentrée : ses occurrences se regroupent principalement autour de la moitié du discours, puis dans une seconde séquence située autour des deux tiers. La fréquence élevée du mot "liberté", telle que les figures 1 et 2 l’ont mis en évidence, ne signifie pas que Marine Tondelier en parle continuellement : cette fréquence provient de l’intensité avec laquelle la candidate écologiste mobilise ce mot dans quelques passages précis.Cette observation confirme ce que l'analyse de concordance avait permis de montrer. La référence à la "liberté" constitue moins un thème structurant du discours qu'un moment argumentatif particulièrement dense, au cours duquel Marine Tondelier entreprend de renverser l'opposition entre liberté et écologie. C'est dans cette partie qu'elle développe l'idée selon laquelle les limites écologiques ne doivent pas être pensées comme la négation de la liberté, mais comme l'une de ses conditions. Il s’agit là d’une élément essentiel de ce discours qui vise à contre-argumenter par rapport au stéréotype de "l’écologie punitive"."La référence à la "liberté" constitue moins un thème structurant du discours qu'un moment argumentatif particulièrement dense, au cours duquel Marine Tondelier entreprend de renverser l'opposition entre liberté et écologie."L’utilisation du mot "puissance" (10 occurrences) présente une distribution le long du discours également très intéressante : ces dix occurrences sont regroupées dans une portion très limitée du discours, lorsque l’on dépasse la première moitié de celui-ci et jusqu’à ces deux tiers. On peut donc identifier ici une véritable séquence lexicale de la puissance. Un passage de cette partie du discours mérite d’être cité : "la puissance dont on a besoin aujourd'hui, ce n’est pas la puissance que l'on exhibe, c'est la puissance que l'on organise. C'est celle d'un État, d'un État capable de prévoir, d'investir, de protéger. C’est la puissance des services publics auxquels on donne les moyens d'agir. C'est celle d'une société capable de prendre soin de ceux qui la font vivre. C'est cela que l'écologie veut défendre : des politiques publiques qui sachent conserver le sens de l'essentiel."À l'inverse, le mot "écologie" (29 occurrences), terme le plus fréquent parmi ceux représentés, traverse pratiquement l'intégralité du discours. On le rencontre dans les premières séquences autant que dans les dernières, avec plusieurs concentrations intermédiaires. Cette dispersion confirme son statut de "fil lexical directeur". La distribution du mot "climatique" (10 occurrences) est presque inverse de celle de "gauche". Le premier terme apparaît essentiellement dans la première moitié du discours, avec une dernière occurrence autour des deux-tiers du discours. Cela correspond à une première partie de l'intervention davantage consacrée au diagnostic écologique et climatique. N’oublions pas que Marine Tondelier s’exprime le 21 août et que la canicule de l’été est encore loin d’être finie à ce moment-là.Le terme "gauche" (13 occurrences) présente au contraire une concentration très nette dans le dernier quart du discours : après une occurrence isolée au début, il disparaît pendant une grande partie de l'intervention avant de devenir très présent à partir du dernier quart du discours. Le discours semble ainsi connaître un déplacement progressif : d'un cadrage initial largement écologique et climatique vers une séquence finale beaucoup plus explicitement politique et de projection vers l’élection présidentielle et la campagne électorale.Déplacer les significationsQue retenir finalement de ce premier discours, important, de la campagne de Marine Tondelier ? L’écologie en constitue sans surprise le fil narratif directeur, un axe lexical et sémantique qui est le cœur de son sujet. Mais l’intérêt du discours réside moins dans cette présence attendue que dans la manière dont la candidate cherche à en déplacer les significations. Face à l’image d’une écologie "punitive", qui serait faite selon ses détracteurs de contraintes et d’interdictions, Marine Tondelier tente de construire l’image d’une "écologie de la liberté" en développant la dimension émancipatrice de l’écologie. Reste à voir, pour Marine Tondlier, si ce discours séduira d’abord…Les Écologistes eux-mêmes puisqu’on les sait divisés sur la stratégie d’une candidature de Marine Tondelier à la présidentielle."L’intérêt du discours réside moins dans cette présence attendue que dans la manière dont la candidate cherche à en déplacer les significations."La campagne présidentielle commence à trouver ses marqueurs sémantiques. Progressivement chaque candidat, chaque candidate abat ses cartes. Quelle place y occupera l’écologie ? Constatera-t-on le paradoxe d’une opinion publique très concernée par les questions climatiques mais n’accordant pas aux Écologistes une place de choix au moment de voter ? L’été caniculaire a-t-il changé cette donne ? Autant de passionnantes questions !Copyright Alex MARTIN / AFPMarine Tondelier à Saint-Martin-d’Hères le 21 oaût 2026.PARTAGERcontenus associés 15/06/2026 Présidentielle 2027 : "Les primaires nous racontent en creux l’affaiblissem... Rémi Lefebvre 03/09/2026 [Paroles de candidats] - Jean-Luc Mélenchon aux AMFIS : entre radicalité et... Bruno Cautrès 25/06/2026 [Paroles de candidats] - Glucksmann, celui qui avait envie d’être un présid... Bruno Cautrès 18/09/2026 Aide sociale à l’Enfance : protéger les enfants, c’est protéger l’avenir Céline Gréco