La toute première vague de l’enquête électorale Ipsos Sopra/Steria pour l'Institut Montaigne, Le Monde, le Cevipof et la Fondation Jean Jaurès intervient dans une année électorale incertaine, où les candidatures s’amoncellent, et après plusieurs années de crise politique. À sept mois du scrutin, quelles sont les préoccupations des Français ? Comment varient les intentions de vote, selon l’éventail des configurations possibles, notamment au centre et à gauche ? Enfin, les électeurs privilégient-ils les postures de compromis ou de fermeté ? L’analyse d’un échantillon de 13 060 citoyens français montrent sans équivoque un désir de radicalité et de changement en profondeur, en même temps qu’une forte inquiétude.

Finances publiques, économie, climat : l'inquiétude domine

Les Français sont inquiets : c’est ainsi que 59 % d’entre eux caractérisent leur état d’esprit - en hausse de 11 % par rapport à mai 2024. À quelques semaines de l’ouverture des discussions budgétaires 2027 et alors que la dette atteint 117,5 % du PIB, ce sont principalement les sujets économiques qui les préoccupent.

54 % d’entre eux sont inquiets de la situation économique et budgétaire du pays, en majorité au sein du bloc central (72 %) et à droite (y compris 71 % des électeurs RN). 30 % des Français placent même cet enjeu en priorité, juste devant les questions sociales (pouvoir d’achat, ascenseur social en panne, inégalités) qui sont prioritaires pour 29 % d’entre eux.

Viennent ensuite les questions identitaires, citées en tête des préoccupations par 16 % des Français (mais 59 % des électeurs RN, devant les questions sociales - 49 % - et économiques - 55 %), ou qui figurent parmi les deux questions les plus importantes pour 29 % d’entre eux. 30 % des Français s’inquiètent aussi au sujet du climat.

Quand ils se prononcent sur les solutions pour redresser les finances publiques, les Français sont 80 % à s’accorder sur la nécessité de diminuer le déficit budgétaire et 79 % à considérer qu’il faut diminuer les dépenses de l’État, mais seulement 25 % se montrent en faveur d’un relèvement de l’âge de départ à la retraite et 59 % désirent même augmenter le montant des retraites tandis que 49 % veulent diminuer la TVA et 73 % les taxes sur les carburants. Seuls 12 % des sondés demandent la hausse de l'impôt sur le revenu, mais 46 % celle de l'impôt sur les bénéfices des entreprises.

Présidentielle 2027 : les questions prioritaires  auxquelles la France est confrontée

Question : Parmi les grandes questions auxquelles la France est aujourd’hui confrontée, quelles sont, parmi les suivantes, les deux qui vous semblent les plus importantes ?
Base : à tous – Total supérieur à 100 % car 2 réponses possibles

  • Les questions économiques et financières : 30 % en premier - 54 % au total
  • Les questions sociales : 29 % en premier - 53 % au total
  • Les questions environnementales : 13 % en premier - 30 % au total
  • Les questions identitaires : 16 % en premier - 29 % au total
  • Les questions de représention et de décision politique : 6 % en premier - 15 % au total
  • Les questions de défense : 5 % en premier - 15 % au total
  • Aucune : 1 %

Ipsos Sopra/Steria pour l'Institut Montaigne, Le Monde, le Cevipof et la Fondation Jean Jaurès

75 % des Français sont intéressés par l’élection d’avril 2027

En dépit des incertitudes qui entourent la liste définitive des candidats, seuls 8 % des Français déclarent n’être pas du tout, ou plutôt pas intéressés par l’élection présidentielle de 2027 - ce qui correspond au pourcentage observé à distance comparable des élections de 2022 et de 2017. En revanche, 75 % se déclarent plutôt intéressés ou extrêmement intéressés (quasi la moitié des sondés, 49 %), soit 8 % de plus qu’en 2021 et 4 % de plus qu’en 2016. Cela se traduit par une intention de participation en hausse : 67 % des Français se disent certains d’aller voter (+ 8 % par rapport à la même période avant l’élection de 2022) et 12 % en sont presque certains. Pour rappel, le taux de participation au premier tour de l’élection présidentielle de 2022 était de 78 %. Il faut prendre en compte que l’intérêt pour les élections va croissant, à mesure que les campagnes électorales montent en puissance.

Présidentielle 2027 : l’intention d’aller voter au premier tour

Question : Le premier tour de l’élection présidentielle aura lieu le 18 avril 2027. Pouvez-vous donner une note de 0 à 10 sur votre intention d’aller voter au premier tour de l’élection présidentielle ? 0 signifiant que vous êtes vraiment tout à fait certain de ne pas aller voter et 10 que vous êtes vraiment tout à fait certain d’aller voter.
Base : à tous

9 % : abstentionnistes probables
12 % : abstentionnistes potentiels
12% : presque certains d'aller voter
67% : certains d'aller voter

L’intention de participation à plusieurs mois du scrutin n’est pas prédictive du niveau réel de participation au premier tour car la campagne électorale a vocation à faire progresser la mobilisation du corps électoral. Le niveau de la hausse peut être très variable car il dépend, entre autres, du déroulement de la campagne. Cette intention de participation est cependant aujourd’hui en hausse par rapport à celle mesurée à la même époque lors du précédent scrutin présidentiel (67%, +8 pts).

Les intentions de vote pour les extrêmes largement majoritaires

Les intentions de vote des électeurs dépendent en partie de la configuration des candidats mais, quelle qu’elle soit, c’est Marine Le Pen qui arrive en tête, avec entre 33 % (si elle est face à la fois à Raphaël Glucksmann, Édouard Philippe et Gabriel Attal) et 35 % (face à Olivier Faure au centre gauche) des intentions de vote. Jean-Luc Mélenchon rassemble entre 15,5 et 17 % des intentions de vote.

Si l’on ajoute les 4 % des voix en faveur d’Éric Zemmour, et celles pour Lutte Ouvrière et le PCF, les intentions de vote pour les extrêmes (à droite et à gauche) se situent entre 55,5 % et 60,5 % du total.

Le 2e candidat le mieux positionné, quelle que soit la configuration, demeure Édouard Philippe. C’est aussi le candidat dont le score fluctue le plus selon les concurrents en lice : les électeurs sont entre 14 % et 21 % à lui donner leur voix ; il est avantagé dans le scénario où il ne fait face ni à Raphaël Glucksmann ni à Gabriel Attal au premier tour.

Présidentielle 2027 : intentions de vote au 1er tour de la Présidentielle

Ipsos Sopra/Steria pour l'Institut Montaigne, Le Monde, le Cevipof et la Fondation Jean Jaurès

Le changement ou la continuité ? Les Français de plus en plus tentés par la radicalité politique

La radicalité des intentions de vote se retrouve dans le désir de transformation de la société : 54 % des sondés estiment qu’une réforme en profondeur est souhaitable, et plus d’un quart estime que la réforme doit être radicale. Ce sont les 50-59 ans qui se montrent les plus enclins à cette volonté de transformation : 30 % veulent une réforme radicale (18 % des 18-24 ans et 26 % des 25 - 34 ans). L'appétence pour la radicalité apparaît encore plus nettement dans les seulement 52 % qui estiment que la vie politique française est trop radicale (ils étaient 63 % en avril). 48 % estiment au contraire qu’il n’y a pas assez d’idées et de comportements radicaux susceptibles d’ouvrir de nouvelles voies pour faire avancer les choses. Ils étaient seulement 37 % en avril cette année : + 11 % en cinq mois.

Ce chiffre doit cependant être nuancé : la capacité à construire des compromis pour gouverner demeure valorisée par une majorité de 53 % (bien qu’en recul de 2 % depuis avril), et importante y compris chez les électeurs de LFI (46 %). 67 % des électeurs RN donnent toutefois leur préférence à un dirigeant politique qui reste fidèle à ses idées et à ses principes.

Présidentielle 2027 : le souhait de transformation de la société

Question : Quand vous pensez à la société française actuelle, quelle opinion se rapproche le plus de la vôtre ?
Base : à tous

54 % : Il faut la réformer en profondeur
26 % : Il faut la transformer radicalement
19 % : Il faut l'aménager sur quelques aspects mais sans toucher à l'essentiel
1 % : Il faut la laisser dans son état actuel

Ipsos Sopra/Steria pour l'Institut Montaigne, Le Monde, le Cevipof et la Fondation Jean Jaurès

Présidentielle 2027 : les préférences en termes de dirigeant politique

Question : Vous personnellement, quel type de dirigeant politique préférez-vous pour diriger la France ?
Base : A tous

53 % : Un dirigeant politique qui est prêt à faire des compromisavec les autres afin de parvenir à avancer au moins en partie ses idées
47 % : Un dirigeant politique qui reste fidèle à ses idées et à ses principes et ne fait pas de compromis

Ipsos Sopra/Steria pour l'Institut Montaigne, Le Monde, le Cevipof et la Fondation Jean Jaurès

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