Expressions par Montaigne
16/09/2026

Présidentielle 2027 : polarisation affective, discorde démocratique

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Présidentielle 2027 : polarisation affective, discorde démocratique
 Blanche Leridon
Blanche Leridon
Directrice des études France de l’Institut Montaigne, spécialiste des questions démocratiques et institutionnelles

Les résultats de l’enquête électorale réalisée pour l’Institut Montaigne en partenariat avec Sciences Po (Cevipof), la Fondation Jean Jaurès et Le Monde par Ipsos BVA-CESI sont clairs : sept mois avant l’élection présidentielle, la polarisation divise l’électorat français en deux blocs frontalement opposés qui refusent l’idée d’un compromis politique. Ce surcroît d'investissement émotionnel dans la campagne pourrait se traduire par une plus forte participation, mais il nuit à la qualité du débat démocratique. Quelle place reste-t-il pour le compromis ? La fracture est-elle irrémédiable ?

Cet article est paru originellement dans Le Monde du 13 septembre

À sept mois du premier tour de l’élection présidentielle, intéressons-nous moins aux intentions de vote qu’aux conditions dans lesquelles vont se dérouler les débats. Comment les différents électorats se perçoivent-ils les uns les autres ? Leurs perceptions mutuelles peuvent-elles avoir une incidence sur la campagne ?

"Plus un électorat est polarisé, plus la capacité au compromis et au débat démocratique est fragilisée."

Mais cette polarisation peut aussi être un carburant de participation électorale, aussi puissant que paradoxal : les niveaux de détestation entre blocs modifient la nature même du scrutin. Quand l’adversaire politique se transforme en ennemi à abattre, l’élection change de nature, et peut entraîner un surcroît de mobilisation - comme on a pu le voir, par exemple, lors des dernières élections américaines.

Pour mesurer cette polarisation "affective" ou "émotionnelle" - c'est-à-dire le degré de sympathie ou d'antipathie ressenti envers les sympathisants d'autres familles politiques, indépendamment de leurs seuls programmes, les Français interrogés ont été invités à attribuer une note de 0 (antipathie absolue) à 10 (sympathie maximale), la note de 5 traduisant une forme d'indifférence.

Les résultats révèlent des taux d’antipathie globale (notes de 0 à 3) particulièrement élevés, dominés par le rejet de La France Insoumise, comme le montre le tableau ci-dessous :

Parti

Antipathie globale
(note de 0 à 3)

Rejet absolu
(note de 0 ou 1)

La France Insoumise

63 %

50 %

Reconquête

51 %

36 %

Rassemblement national

45 %

35 %

Renaissance

45 %

27 %

Les Écologistes

40 %

24 %

Parti socialiste

36 %

20 %

LR

33 %

17 %

Dis moi qui tu hais, je te dirai qui tu es…

Longtemps cantonnée aux marges les plus radicales de l’électorat, cette détestation politique concerne également les familles politiques dites "modérées". Le rejet de LFI atteint 64 % chez les électeurs de Renaissance, 73 % chez ceux d’Horizons, et jusqu'à 80 % pour ceux de LR (parti qui suscite une antipathie plutôt modérée, mais qui exprime les plus forts taux d’antipathie à l’égard des autres familles politiques). La gauche dite modérée est également touchée par ce phénomène, puisque 49 % des électeurs socialistes et 62 % de ceux de Place Publique expriment leur antipathie envers les sympathisants insoumis, accréditant la thèse d’une "gauche irréconciliable".

Côté RN et LFI, l’antipathie mutuelle atteint des sommets : 90 % des électeurs LFI expriment leur antipathie à l’égard de ceux du RN, 87 % des électeurs RN à l’égard de ceux de LFI.

Les électeurs du parti du président sortant font, eux aussi, l’objet d’une forte détestation, les électeurs insoumis se montrant plus sévères encore que ceux de Marine Le Pen : 70 % des électeurs LFI ressentent de l’antipathie envers les électeurs de Renaissance, contre 63 % pour ceux du RN.

"Longtemps cantonnée aux marges les plus radicales de l’électorat, cette détestation politique concerne également les familles politiques dites "modérées"."

Électorats polarisés, électorats mobilisés

Sans que l’on puisse établir de corrélation claire entre ces phénomènes, cette polarisation affective s’accompagne de forts taux d’intérêt pour l’élection à venir, et des perspectives de participation tout aussi élevées. 74 % des Français se disent intéressés par l'élection de 2027 (dont près de 50 % exprimant un "très grand intérêt"), 79 % expriment leur intention ferme d'aller voter au premier tour (contre 71 % en octobre 2021). Rappelons que le taux de participation du premier tour était de 74 % en 2022, et de 77 % en 2017. Les attentes, enfin, sont immenses : 71 % des sondés attendent de cette élection un "vrai changement social et politique", quand seulement 10,5 % n'en attendent rien.

Et pourtant… une recherche de compromis

Paradoxe ou lueur d'espoir dans ce paysage de détestation généralisée ? 53 % des Français continuent de préférer un dirigeant politique prêt au compromis pour faire avancer ses idées, plutôt qu'un leader inflexible, et 52 % des sondés déplorent un excès d'idées et de comportements radicaux. Cette polarisation élevée n’est donc pas une fatalité, puisqu’elle s’accompagne d’un désir (faiblement majoritaire, mais majoritaire tout de même), de réforme et de compromis. Un débat clair, documenté et transparent est donc nécessaire. Éradiquer la polarisation serait un non-sens, elle est essentielle en démocratie. L’atténuer pour permettre des débats apaisés est une nécessité. Aux partis maintenant de donner l’exemple. Tout le monde aura à y gagner en héritant, en 2027, d’un pays moins fracturé.

Copyright : Thomas SAMSON / AFP
Le leader de Horizons, Édouard Philippe, face à celui de LFI, Jean-Luc Mélenchon, à la REF 2026 (Rencontre des Entrepreneurs de France) organisée par le MEDEF à Paris le 27 août 2026

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