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16/03/2026
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Plan quinquennal chinois : un argument pour l’Accélérateur industriel européen

Plan quinquennal chinois : un argument pour l’Accélérateur industriel européen
 Joseph Dellatte
Auteur
Responsable de projets et Expert Résident - Climat et énergie

Le 4 mars, la Commission européenne présentait sa proposition de règlement sur l'accélération industrielle ; le lendemain, l'Assemblée nationale populaire de Chine dévoilait son nouveau plan quinquennal, qui doit guider le développement économique du pays jusqu'en 2030. Quels en seront les impacts ? L’IAA (Industry Accelerator Act) européen peut-il répondre aux enjeux de la domination chinoise sur la plupart des chaînes de valeur ?  L’UE est-elle enfin en passe de faire de l’accès à son marché intérieur un levier pour renforcer sa sécurité économique ?

Le 15e plan quinquennal chinois (2026-2030), publié le 5 mars, montre comment les grandes économies cherchent à articuler politique industrielle, transition énergétique et stratégie géopolitique. Ce plan, bien que présenté officiellement comme un cadre de développement, confirme que la transition énergétique de la Chine est indissociable d'une stratégie plus large visant à consolider sa dominance dans les technologies propres et à renforcer sa compétitivité industrielle.

Le 15e plan quinquennal donne aussi à lire l'importance croissante accordée à la demande intérieure en tant que moteur du développement industriel. Le plan insiste à plusieurs reprises sur la nécessité "d'élargir la demande intérieure pour en faire un fondement stratégique" et de construire un "marché intérieur fort" capable de soutenir la croissance économique et la modernisation technologique. Il montre l'intention de Pékin de faire de la taille du marché intérieur chinois un levier d’accélération pour le déploiement de nouvelles technologies et de soutenir encore davantage l'émergence de champions industriels nationaux. Il ne faudrait cependant pas surestimer l'importance de cette évolution structurelle.

Les exportations restent un élément central de la stratégie industrielle chinoise et s’intègrent dans son modèle de croissance reposant sur des investissements nationaux à grande échelle et sur le déploiement d'infrastructures. Dans la pratique, l'accent mis sur la demande intérieure reflète une contrainte : la consommation des ménages reste relativement faible et la demande extérieure est devenue plus incertaine. Miser sur le marché intérieur sert donc à la fois d'objectif politique et de réponse narrative à ces limitations structurelles.

L'accent mis sur la demande intérieure reflète une contrainte : la consommation des ménages reste relativement faible et la demande extérieure est devenue plus incertaine. Miser sur le marché intérieur sert donc à la fois d'objectif politique et de réponse narrative à ces limitations structurelles.

Pour l'Europe, cette évolution coïncide avec un changement politique important. L'Union européenne débat actuellement d’un projet de règlement sur l’accélération industrielle (IAA), qui vise à renforcer les capacités industrielles des pays membres dans des secteurs stratégiques tels que les batteries, la fabrication de panneaux solaires et les matières premières essentielles, en utilisant l'accès au marché unique pour créer des marchés porteurs pour les industries européennes.

La concomitance de l’annonce de ces deux cadres politiques met en évidence une asymétrie croissante entre l’Europe et l’Asie. Le système de planification chinois intègre la politique industrielle, le développement des infrastructures et la stratégie énergétique à une échelle et à un niveau de coordination dont l'Union européenne ne peut structurellement pas s’approcher.

Cependant, la concurrence industrielle de plus en plus forte pousse l'Europe à reconsidérer l'une des caractéristiques centrales de son modèle économique : le principe de la neutralité de son marché. Ce nouveau plan quinquennal chinois en est une nouvelle preuve.

La politique climatique de la Chine est une stratégie industrielle

Comme le montre le 15e plan quinquennal, la transition énergétique chinoise s’articule autour de l'expansion industrielle et du développement des infrastructures plutôt que de contraintes strictes en matière d'émissions.

Le plan fixe un objectif modeste de réduction de l'intensité carbone de 17 % entre 2026 et 2030, légèrement inférieur à l'objectif de 18 % fixé pour la période quinquennale précédente, que la Chine n'a finalement pas atteint selon la méthodologie initiale.

Le plan n'établit pas de plafond contraignant pour les émissions en valeur absolue ; l'objectif de 17 % d'intensité carbone n'empêche pas une augmentation des émissions de 3 à 6 % d’ici 2030 si la croissance économique reste autour de 4,5 à 5 %.

Au lieu de limiter directement la consommation de combustibles fossiles, la Chine préfère miser sur l'expansion rapide de l'approvisionnement en énergie propre. Le plan vise à augmenter la part des énergies non fossiles, qui passeraient d'environ 21,7 % de la consommation totale d'énergie en 2025 à 25 % d'ici 2030, tout en augmentant la capacité de production énergétique nationale à 58 milliards de tonnes d'équivalent charbon afin de renforcer la sécurité énergétique.

Cette double approche reflète un équilibre "pragmatique" entre la décarbonation, la sécurité énergétique et la croissance économique.

D’une part, la Chine développe massivement ses capacités en énergies renouvelables. Le pays a déjà dépassé son objectif précédent de 1 200 GW de capacité installée solaire et éolienne combinée d'ici 2024, et les prévisions actuelles suggèrent une trajectoire vers 3 600 GW d'ici 2035, ce qui implique que la capacité de production annuelle d’énergies renouvelables augmente de 200 à 300 GW supplémentaires chaque année.

Le déploiement à grande échelle qui se poursuit au niveau national coexistera avec une pression soutenue pour exporter la production excédentaire à l'étranger.

Ce chiffre correspond globalement au rythme actuel de déploiement de la Chine, voire à un rythme légèrement plus lent, ce qui suggère que l'expansion des capacités de production soutenant ces secteurs restera extrêmement importante. En ce sens, l'ampleur des installations prévues indique également que la surcapacité structurelle dans plusieurs industries des technologies propres ne devrait pas disparaître dans un avenir proche, car le déploiement à grande échelle qui se poursuit au niveau national coexistera avec une pression soutenue pour exporter la production excédentaire à l'étranger.

D'autre part, le charbon, considéré comme un filet de sécurité qui garantit la fiabilité du système et la sécurité énergétique, reste une composante structurelle du système énergétique. Le plan évite de fixer un calendrier précis pour la réduction progressive du recours au charbon dans la production d'électricité et encore moins dans les secteurs industriels.

Dans la pratique, la transition énergétique chinoise reste motivée par une expansion massive des infrastructures d'énergie renouvelable plutôt que par une diminution de la capacité des combustibles fossiles. Cette stratégie repose sur la construction d'un stock massif d'infrastructures propres, qui doit permettre, dans un second temps, de réduire les émissions sans perturber la croissance économique. Cela retarde les objectifs climatiques, mais s’avère moins douloureux pour la croissance dont la Chine a tant besoin.

Échelle industrielle et leadership en matière de technologies vertes

Le plan quinquennal confirme également le rôle central des technologies propres dans la stratégie de croissance économique de la Chine. Des secteurs tels que les véhicules électriques, les technologies solaires avancées, le stockage par batterie, les infrastructures hydrogène et l'énergie nucléaire sont désignés comme des industries stratégiques de croissance.

Les industries des énergies propres représentent déjà un pilier majeur de l'expansion économique chinoise depuis environ 2020. Ce secteur représenterait plus d'un tiers de la croissance du PIB chinois en 2025 et plus de 90 % de l'augmentation des investissements, soit 11,4 % de son PIB. Les activités liées à la transition énergétique ont pris une importance structurelle croissante pour soutenir l'expansion économique du pays.

L'ampleur du déploiement des infrastructures chinoises est tout aussi importante. Le plan quinquennal prévoit la construction de corridors de transport d'électricité capables de transporter 420 GW supplémentaires d'électricité depuis les régions de l’Ouest de la Chine, qui disposent d’une forte production renouvelable, vers les centres de demande côtiers d'ici 2030, grâce à l'expansion des infrastructures de réseau à très haute tension.

La capacité éolienne offshore devrait dépasser 100 GW d'ici 2030, contre environ 48 GW en 2025, tandis que la capacité nucléaire devrait atteindre 110 GW d'ici 2030, soit près du double des niveaux actuels.

Dans le même temps, la Chine continue d'investir massivement dans les technologies émergentes telles que l'hydrogène propre et le stockage d'énergie, notamment dans le cadre de plans visant à déployer 100 GW de capacité de stockage par pompage et des systèmes de batteries stationnaires à grande échelle dans le cadre du développement d'un "nouveau type de système électrique".

Cette expansion des infrastructures est étroitement liée au développement industriel. Des "parcs industriels zéro carbone" et des corridors de transport électrifiés à grande échelle sont en cours de développement afin d'intégrer la fabrication, la production d'énergie propre et les infrastructures dans des écosystèmes industriels coordonnés.

Au-delà du déploiement énergétique, le plan quinquennal fait de l'autonomie technologique, de la transformation numérique et du renforcement de la demande intérieure les piliers de la stratégie industrielle de la Chine. La transition énergétique s'inscrit donc dans un projet plus large de modernisation techno-industrielle et de sécurité économique nationale.

Tableau - Échelle de la transition énergétique (Chine vs UE)

IndicateurChineUnion européenne
Augmentation de la capacité renouvelable (2024)~~360 GW d'énergie éolienne + solaire installés en un an ~65–90 GW par an selon les années
Capacité totale (solaire + éolienne)~1,8 TW d'énergie solaire + éolienne installés ~576 GW d'énergie solaire + éolienne combinés
Croissance de la capacité renouvelable 2025-2030 Expansion rapide avec 200-300 GW ajoutés par an selon les objectifs à long terme
objectif total de 3 600 GW d'énergies renouvelables installées d'ici 2035
~450 GW d'ajouts totaux prévus entre 2025 et 2030
Objectifs nucléaires 110 GW d'ici 2030 contre 62 GW en 2025 (limité aux villes côtières) 109 GW d'ici 2050, contre 98 GW en 2025
Part de la consommation d'énergie non fossile ~ 20 % de la consommation totale d'énergie en 2025

Objectif 25% de la consommation d'énergie d'ici 2030 et 30 % d'ici 2035
~30,8 % de la consommation finale totale d'énergie en 2024 (1, 2, 3)
Infrastructures de transport d'électricité420 GW de corridors de transport à longue distance prévus (lignes de transport à très haute tension (THT)) 471 milliards d'euros , investissement prévu dans les réseaux de transport d'ici 2040. Expansion du réseau en cours mais fragmentée par la planification nationale (paquet “Réseaux” au niveau de l'UE)

La réponse industrielle de l'Europe : fragmentée et insuffisante

L'Europe a commencé à élaborer un cadre de politique industrielle pour faire face à la stratégie chinoise. La législation Net Zero (NZIA), adoptée en 2024, veut couvrir 40 % des besoins annuels par des technologies propres (photovoltaïque solaire, batteries, pompes à chaleur, électrolyseurs à hydrogène, équipements de capture des émissions carbone) au niveau européen d'ici 2030. L'expansion industrielle européenne reste donc nettement en deçà de celle de la Chine et l'UE n'est pas sur la bonne voie pour atteindre son propre objectif, pourtant modeste.

Alors que la Chine déploie plus de 200 GW de capacité photovoltaïque solaire par an, l'UE n’en installe pour l’instant que 50 à 70 GW. De même, alors que la Chine prévoit d'ajouter 200 à 300 GW par an de capacités renouvelables, l'expansion annuelle combinée de l'UE dans ce domaine reste bien en deçà.

Figure 1 - Augmentation annuelle de la capacité renouvelable en 2025 (GW)

Chine
430
UE
84
États-Unis
60

La même asymétrie est visible dans les dépenses consacrées à la politique industrielle. La Chine investit chaque année au moins 4 % de son PIB dans la politique industrielle, voire davantage si l'on tient compte des mécanismes de soutien indirects, hors budget et autres mécanismes cachés. L’UE investit, elle, entre 1 et 1,5 %, si l’on combine les programmes européens et nationaux. Ces différences d'échelle se traduisent par de fortes asymétries dans les chaînes d'approvisionnement.

Figure 2 - Dépenses consacrées à la politique industrielle (% du PIB)

Chine
~4%
UE
~1–1.5%
États-Unis
~2%

La Chine domine la production mondiale dans plusieurs segments des chaînes de valeur des technologies propres :

  • Plus de 80 % de la fabrication mondiale de modules solaires ;
  • Plus de 70 % de la production de cellules de batterie (chaîne de valeur complète) ;
  • Une part majoritaire de la capacité de raffinage des minéraux critiques.

En conséquence, les transitions énergétiques européennes restent fortement dépendantes des technologies et des composants importés.

Trouver le bon équilibre dans l'accès au marché : le cœur du débat européen

Ces asymétries structurelles se lisent depuis de nombreuses années sur le marché européen lui-même. Plus de 90 % des panneaux solaires installés dans l'UE sont importés de Chine, tandis que les entreprises chinoises dominent les segments en amont des chaînes d'approvisionnement en batteries, notamment les matériaux cathodiques et anodiques.

Dans le même temps, les entreprises chinoises investissent dans les capacités industrielles européennes ou recherchent des projets. Le fabricant de batteries CATL contrôle environ 40 % du marché mondial des batteries et a engagé plus de 11 milliards d'euros dans des gigafactories européennes, tandis que BYD a dépassé les 100 000 ventes annuelles de véhicules en Europe et renforce sa présence européenne grâce à des investissements massifs en Hongrie et en Turquie. Ensemble, ces nouvelles usines devraient atteindre une capacité combinée de 500 000 véhicules par an, avec une production prévue d'environ 220 000 véhicules d'ici 2027.

Ces développements soulèvent une question politique centrale : comment l'Europe doit-elle gérer l'accès à son marché dans un monde où la politique industrielle façonne de plus en plus le commerce mondial ? La loi sur l'accélérateur industriel est une première tentative significative pour relever ce défi.

Le cadre "Made in EU" proposé dans l'IAA vise à renforcer la capacité industrielle européenne dans des secteurs stratégiques en liant certains mécanismes de soutien public et certaines règles d’accès aux marchés à la présence d'une valeur ajoutée industrielle européenne. Dans la pratique, la loi introduit des critères permettant aux produits et aux projets d'être qualifiés d'européens lorsqu'une part significative de leur fabrication, de leur transformation ou de leur contribution technologique a lieu au sein de l'Union européenne ou dans des pays partenaires ayant conclu un accord de libre-échange avec l'UE.

L'un des éléments les plus importants de la proposition est l'introduction de mécanismes permettant à l'UE de vérifier si les pays bénéficiant d'un accès préférentiel au marché contribuent réellement aux chaînes de valeur industrielles européennes.

L'un des éléments les plus importants de la proposition est l'introduction de mécanismes permettant à l'UE de vérifier si les pays bénéficiant d'un accès préférentiel au marché contribuent réellement aux chaînes de valeur industrielles européennes ou ne sont que des centres d'assemblage pour des systèmes de production externes.

En outre, la proposition soulève la question de l'intégration des acteurs industriels étrangers opérant directement en Europe dans les chaînes d'approvisionnement européennes. L'IAA introduit l'obligation de conditionner l'accès au marché ou le soutien public dans certains secteurs stratégiques à la création de partenariats industriels avec une participation européenne significative. Dans la pratique, les entreprises étrangères, en particulier celles issues de pays où les écosystèmes industriels sont fortement soutenus par l'État, ne pourront obtenir le plein accès à la reconnaissance "Made in EU" que si leurs investissements prennent la forme de coentreprises dans lesquelles les partenaires européens détiennent une participation majoritaire et participent de manière significative à la gouvernance, au développement technologique et à la création de valeur. Une autre option consisterait à investir au moins 1 % de leur chiffre d'affaires mondial dans de la recherche et développement basée dans l’UE. 

Le projet actuel confère à la Commission européenne un droit de regard sur les projets industriels supérieurs à un milliard d'euros, tandis que les investissements plus modestes restent largement sous contrôle national. Cela crée un défi potentiel en matière de gouvernance : si les États membres appliquent différemment les conditions d'accès au marché, la crédibilité de l'ensemble du cadre pourrait être affaiblie.

Sécurité énergétique : préoccupations similaires, réponses asymétriques

L'escalade du conflit au Moyen-Orient et le risque de perturbation des livraisons de pétrole et de gaz via le détroit d'Ormuz, qui représente environ 20 % du commerce mondial du pétrole et 40 % des importations chinoises de pétrole, soulignent la vulnérabilité persistante des marchés énergétiques mondiaux, y compris pour la Chine. Pour l'Europe, qui reste fortement dépendante des importations d'énergie, ces perturbations se traduisent directement par une brusque augmentation des coûts des énergies fossiles.

Le 15e plan quinquennal de la Chine montre des préoccupations similaires aux nôtres mais auxquelles la Chine répond par une architecture stratégique fondamentalement différente. Le plan met l'accent sur l'expansion de la capacité de production énergétique nationale, le maintien du charbon comme filet de sécurité et l'accélération de l'électrification dans l'industrie et les transports afin de réduire la vulnérabilité aux combustibles fossiles importés.

Les récents développements géopolitiques, notamment dans le détroit d'Ormuz, sont susceptibles de renforcer cette logique, consolidant encore davantage la vision de Pékin qui considère le charbon comme un amortisseur stratégique contre les chocs énergétiques externes. Dans le même temps, la Chine renforce son contrôle sur les chaînes d'approvisionnement en minéraux critiques, notamment en prévoyant de constituer des réserves stratégiques toujours plus secrètes pour ce qu'elle qualifie de "minéraux énergétiques rares".

Il en résulte une transition énergétique s'inscrivant dans un projet plus large de puissance industrielle. Le déploiement massif d'infrastructures renouvelables, l'expansion des capacités de production et la consolidation du leadership technologique ne sont pas considérés comme des domaines politiques distincts, mais comme des piliers complémentaires de la stratégie nationale.

Une comparaison avec l'Europe met en évidence trois asymétries structurelles qui façonnent l'approche de la transition énergétique et de la sécurité énergétique à travers l’Eurasie.

La première concerne la cohérence stratégique. La Chine intègre la politique climatique, la modernisation industrielle, la planification des infrastructures et la sécurité énergétique dans un cadre unifié. L'Europe, en revanche, continue de fonctionner à travers des réglementations sectorielles et des instruments industriels fragmentés, même si des initiatives telles que le NZIA, le CRMA (Législation européenne sur les matières premières critiques) et maintenant l'accélérateur industriel s'orientent progressivement vers une approche plus coordonnée.

Les récents développements géopolitiques, notamment dans le détroit d'Ormuz, sont susceptibles de renforcer cette logique, consolidant encore davantage la vision de Pékin qui considère le charbon comme un amortisseur stratégique contre les chocs énergétiques externes.

Une deuxième asymétrie provient de la différence d'échelle. Les ambitions industrielles de la Chine se traduisent par des infrastructures physiques, des capacités de production et des objectifs de déploiement à long terme dans l'ensemble du système énergétique. La stratégie européenne repose encore largement sur des cadres réglementaires et des incitations, dont la mise en œuvre est dispersée entre les États membres et donc plus inégale en termes de rythme et d'ampleur.

La troisième asymétrie concerne l'ouverture économique. La stratégie de la Chine consiste à mettre en place des écosystèmes industriels nationaux suffisamment puissants pour que les marchés mondiaux deviennent structurellement dépendants des capacités de production chinoises dans des secteurs clés tels que les batteries, les technologies solaires et les véhicules électriques. L'Europe, en revanche, commence seulement à reconsidérer le rôle de l'accès au marché dans un monde de plus en plus marqué par le déséquilibre industriel.

Dans ce contexte, le débat autour du règlement sur l’accélération industrielle marque un tournant important. En liant certaines formes de soutien public et l’accès aux marchés publics à la présence d'une valeur ajoutée industrielle européenne, l'UE considère enfin son marché comme un atout économique stratégique.

Il ne s’agit pas pour l'Europe de reproduire le modèle chinois de planification étatique, mais d'adapter son propre cadre économique à une époque où la politique industrielle, la sécurité énergétique et la concurrence géopolitique sont de plus en plus étroitement liées.

S'il est mis en œuvre efficacement, l'IAA pourrait aider l'Europe à passer d'un modèle d'ouverture passive à un système d'ouverture stratégique, dans lequel l'accès au plus grand marché du monde serait utilisé pour renforcer les capacités industrielles nationales tout en maintenant l'ouverture nécessaire à la coopération mondiale.

La capacité de l'Europe à organiser cet équilibre entre ouverture et résilience industrielle pourrait finalement devenir l'un des facteurs déterminants de sa sécurité économique dans les décennies à venir.

Copyright image :  Vincent Thian / POOL / AFP
Le Président Xi Jinping et le Premier ministre Li Qiang lors d'une session plénière de l'Assemblée Nationale Populaire à Pékin, le 9 mars 2026. 

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