AccueilExpressions par MontaignePérou : les nombreux défis d’une nouvelle présidenceLa plateforme de débats et d’actualités de l’Institut Montaigne qui donne aussi la parole à des contributeurs externes. États-Unis et amériques16/06/2026ImprimerPARTAGERPérou : les nombreux défis d’une nouvelle présidenceAuteur Alexandre Marc Expert Associé - Amériques et développement Les deux tours de l'élection présidentielle péruvienne qui se sont déroulés les 12 avril et 7 juin n'ont pour l'instant pas permis de départager clairement Keiko Fujimori, fille du dictateur Alberto, et Roberto Sánchez, très à gauche. Le Pérou, à la société particulièrement fragmentée, fait face à une instabilité politique qui dure depuis dix ans, mais ses nombreuses ressources suscitent les convoitises des États-Unis et de la Chine. Quels sont les défis qui se présenteront au nouveau président ?Le vainqueur de l’élection présidentielle au Pérou ne sera sans doute pas connu avant plusieurs semaines, et pourtant les deux tours de l’élection se sont successivement tenus les 12 avril et le 7 juin. Alors que 99 % des bulletins ont été dépouillés (soit un peu plus de 18 millions de votes comptabilisés), les résultats sont si serrés que le pays demeure dans la plus grande incertitude politique. Keiko Fujimori semble en tête mais seuls quelques milliers de voix la séparent de son concurrent Roberto Sánchez et environ 400 000 votes font l’objet de contestations.Même si Keiko Fujimori, qui pour le moment mène avec 50,01 % des voix contre 49,99 % pour Roberto Sánchez, est finalement reconnue victorieuse, sa légitimité s’en trouvera affaiblie, ce qui n’augure rien de bon pour le retour à la stabilité du pays. Tout laisse à penser qu’en dépit de sondages favorables durant toute la campagne électorale, la fille du dictateur Alberto Fujimori [1990-2000] ait finalement pâti d’être associée à l’héritage paternel, et que les électeurs se soient finalement ravisés à la dernière minute.C’est la quatrième fois que Keiko Fujimori se présente à la Présidence de la République. En 2011, elle avait perdu contre un autre candidat de la gauche, Ollanta Humala (51% contre 49%), et de nouveau en 2016 et 2021; chaque fois, l’écart est de l’ordre de 0,2 % (50,1 % contre 49,9%). Non seulement sa proximité politique très forte avec son père - elle est à la tête du parti qu’il a créé - , ne joue pas en sa faveur, mais le pays, en proie à une crise vieille de près d’une décennie, subit une polarisation exacerbée par la confrontation sino-américaine sur le continent.Le pays, en proie à une crise vieille de près d’une décennie, subit une polarisation exacerbée par la confrontation sino-américaine sur le continent.Les programmes des deux candidats s’opposent frontalement. Keiko propose de préserver le cadre libéral de l’économie, d’améliorer le fonctionnement des institutions existantes et de promouvoir une approche sécuritaire “mano dura” (main de fer). Roberto Sánchez, fortement marqué à gauche, propose une refonte des codes miniers et du cadre légal des investissements étrangers, qui passe par une réforme constitutionnelle destinée à favoriser la redistribution et la transparence des revenus miniers. Il propose aussi une série de réformes sociales et une plus grande implication de l’État dans l’économie.Alberto Fujimori a passé 16 ans en prison pour corruption et violation des droits humains après cinq ans d’exil au Japon. Sous la présidence de son père, Keiko Fujimori avait de facto joué le rôle de Première dame et, quand il avait été condamné, elle avait pris la tête du mouvement politique qu’il avait créé. Élue députée en 2006, elle s’affiche clairement à droite et prône un agenda populiste. Son parti, Fuerza Popular, est sans aucun doute le plus structuré du Pérou. Il a dominé très largement la vie politique depuis près d’une décennie, et a contribué à renforcer considérablement le rôle du parlement dans l’appareil d’État - pas toujours de façon constructive. Fuerza Popular est en grande partie responsable de la destitution de plusieurs présidents et par conséquent de l’instabilité politique que le parlement connaît aujourd’hui. Keiko exerce aussi une influence très forte sur une partie du système judiciaire, alors même qu’elle a fait plusieurs séjours en prison à titre préventif pour corruption et blanchiment d’argent. Elle a eu beau dénoncer beaucoup des excès commis durant la présidence de son père, une grande partie de la population considère avec inquiétude des restes d’instincts autoritaires et la juge largement aussi corrompue que le reste de la sphère politique.Le potentiel économique du Pérou est pourtant très important et suscite un fort intérêt des investisseurs étrangers.Quel qu’il soit, le prochain président sera confronté à un certain nombre de défis qui demandent une réponse urgente : retour à la stabilité politique, gestion d’un potentiel minier très lucratif mais qui demande une meilleure redistribution des revenus, fractures sociales profondes et rivalité Sino-Américaine dont le Pérou pourrait bien faire les frais.Un paradoxe péruvien qui ne peut durer : une grave instabilité politique et une stabilité économique relativeLa crise politique au Pérou s’est accompagnée d’une généralisation de la corruption à tous les niveaux de l’État. En dix ans, le Pérou a été dirigé par neuf chefs d’État. Le parlement destitue et condamne les présidents les uns après les autres, souvent avec peu de preuves à l’appui. Quatre anciens présidents sont en prison, un est en détention à domicile et un autre s’est suicidé. Une des explications de cette situation est l’extrême fragmentation de l’appareil politique. Sur quarante-trois partis officiellement enregistrés, trente-huit ont présenté des candidats pour les postes de députés et de sénateurs aux élections du mois d’avril et trente-cinq candidats ont participé au premier tour des élections présidentielles. Les destitutions sont aussi le résultat de manœuvres politiques à court terme, souvent pour des raisons de gains personnels. Enfin, la corruption et le népotisme sont en train de s’étendre rapidement à travers tout le système.Ce qui est encore plus grave, c’est que cette crise politique se traduit également par une pénétration profonde du crime organisé dans la politique et l’économie nationale. L’extorsion s’est généralisée, touchant de plein fouet les petites et moyennes entreprises, aux prises avec des mafias locales souvent liées au trafic de drogue. Les homicides ont doublé entre 2019 et 2025 et ont atteint 10,7 pour 100 000 habitants. Dans les régions éloignées des centres urbains, l’exploitation minière illégale, la déforestation et le trafic humain sont en expansion rapide avec un impact dévastateur sur les populations indigènes.Il existe cependant un paradoxe péruvien. Malgré la crise politique, les équilibres macro-économiques sont maintenus tant bien que mal et le pays a connu un des meilleurs taux de croissance économique en Amérique latine, 3 % par an en moyenne depuis une dizaine d’années. Durant cette période, le pays a également accumulé des réserves de change, maintenu une orthodoxie monétaire qui a permis de contenir l’inflation et d’offrir des taux d’intérêts raisonnables aux entrepreneurs. Malgré la fermeture du détroit d’Ormuz, la prévision de taux de croissance de l’économie pour 2026 se maintient à 2,9 %. Le très respecté président de la Banque centrale du Pérou, Julio Velarde, est resté à son poste pendant vingt ans ans et le secteur privé est arrivé à mettre en place des arrangements pour continuer à opérer malgré la montée des mafias et la corruption généralisée des politiciens. Il faut dire que Alberto Fujimori, et surtout son successeur, le socio-démocrate Alejandro Toledo, un économiste de l’université de Stanford, opposé à Fujimori sur le plan politique, ont créé un cadre juridique et institutionnel favorable à l’économie de marché, qui n’a pas encore été trop entamé par l’instabilité de la dernière décennie. Le maintien de la croissance est aussi dû en partie au fait que l’économie du Pérou est très dépendante du secteur extractif géré par de larges entreprises étrangères ou péruviennes qui ont les moyens de protéger leurs activités du chaos politique et des méfaits des mafias locales, ce qui n’est pas le cas du secteur des PME et de beaucoup de travailleurs indépendants.À moyen terme, le maintien de la croissance est très sérieusement menacé par la corruption et le renforcement des mafias, ainsi que par l’accroissement des inégalités de développement entre différentes régions du pays.Mais cet équilibre est fragile et ne pourra pas se maintenir sans une amélioration rapide de la gouvernance du pays. À moyen terme, le maintien de la croissance est très sérieusement menacé par la corruption et le renforcement des mafias, ainsi que par l’accroissement des inégalités de développement entre différentes régions du pays. La productivité de l’économie reste faible comme dans beaucoup d’autres économies latino-américaines et l’instabilité politique menace l’équilibre budgétaire. Les revenus fiscaux s’élèvent à seulement 17 % du PNB, le pays a peu de capacité d’investissement, surtout dans des secteurs clés pour l’avenir du pays comme l’éducation.Des réserves importantes de minéraux critiques qui attisent les convoitisesLa course aux minéraux critiques entre les grandes puissances, en particulier pour les terres rares, est lancée depuis quelques années et s’annonce rude. L’Amérique latine occupe une place importante dans cette nouvelle ruée vers l’or. Selon les études géologiques récentes, l’Amérique latine, en particulier le Brésil, le Chili, l’Argentine et le Pérou, auraient des réserves non négligeables de terres rares, mais pour le Pérou, elles restent pour le moment encore limitées et non confirmées. Le pays est toutefois une puissance minière majeure et produit un certain nombre de métaux rares. Le Pérou posséderait 12 % des réserves mondiales de cuivre et 15,3 % de celles de l’argent, 9,5 % du zinc, 3,9 % de l’or, 5,3 % du plomb, et enfin 2,8 % de l’étain. Le Pérou est aussi le 2e producteur mondial de cuivre, le 2e de zinc, le 3e d’argent et le 3e d’étain. Beaucoup de ces métaux sont essentiels pour la transition énergétique mondiale, mais également pour les industries de défense. L’activité minière représente environ 10 % du PIB du pays et près de 60 % de la valeur de ses exportations. Le Pérou possède également des réserves de pétrole et de gaz naturel mais la production d’hydrocarbure ne suffit pas encore à la consommation nationale. Le ministère de l’Énergie et des Mines estime toutefois que les réserves de gaz, qui sont aujourd’hui estimées à 14 à 15 (TCF), pourraient en fait dépasser les 40 (TCF). Si cela était prouvé, le Pérou pourrait devenir un important exportateur de gaz. D’autres contraintes structurelles empêchent le Pérou de mettre à profit ses ressources minières : transport intérieur, l’accès à l’énergie et l’accès aux investissements. Tout cela fait du Pérou un pays important dans la course actuelle aux minéraux critiques, qui attire de nombreuses convoitises et dispose d’un potentiel très important pour le développement du pays. Le nouveau gouvernement devra faire en sorte que les revenus de ces ressources soient mieux distribués, en particulier pour l’amélioration des services de santé et d’éducation, et d’améliorer les infrastructures de base. Un pays profondément fracturéLa fracture sociale au Pérou, notamment entre ses populations indigènes, en grande partie rurales, et les populations urbaines, mais également entre les riches et les pauvres, dans un pays traditionnellement très inégalitaire, est un enjeu central. Le Pérou a réussi à réduire son taux de pauvreté de façon substantielle durant la décennie qui a précédé l’épidémie de Covid, mais la pauvreté reste très inégalement répartie. Le Pérou est un des pays latino-américains avec la plus large proportion de populations indigènes en Amérique latine : les Quechua, les Amhara, mais aussi de nombreux groupes peuplant les forêts amazoniennes. Les populations indigènes restent les plus pauvres et les moins éduquées et sont particulièrement vulnérables à la confiscation de leurs terres et aux trafics en tout genre. Cette situation contribue à une profonde colère du monde rural contre le pouvoir politique.La fracture entre le monde urbain et les populations rurales et indigènes est profonde et se reflète fortement au niveau politique. Cette tension s'est traduite lors d’un des épisodes les plus sombres de l’histoire du pays : la guerre entre le Sentier lumineux et l’État péruvien. Le Sentier lumineux, groupe terroriste d’inspiration maoïste ultra violent, a été fondé en 1969 par le professeur de philosophie Abimael Guzman. Ce mouvement s’engage dans un conflit armé sanglant entre 1980 et 1998 et prend le contrôle de régions entières du Pérou. C’est finalement le gouvernement d’Alberto Fujimori qui arrive à bout de cette insurrection, mais au prix de massacres et de violations des droits humains de la part des forces de sécurité, sous l’autorité de Vladimir Montesinos. Finalement, l’arrestation de Guzman en 1992 marque le début du déclin du Sentier lumineux, mais également de la dérive autoritaire du président Fujimori. Des restes du mouvement insurrectionnel continuent à mener des actions isolées de bien moindre ampleur jusqu’à ces dernières années. Le Sentier lumineux avait en effet depuis longtemps perdu l'appui des populations paysannes, que sa stratégie ultra-violente avait fini par retourner contre lui.Malgré la réduction de la pauvreté, la fracture entre les populations indigènes et paysannes vivant dans les zones rurales et le reste du pays n’a pas disparu. La croissance du Pérou leur a relativement peu profité et les inégalités régionales ne cessent d’augmenter. La frustration des populations rurales a explosé lorsque le président de gauche José Pedro Castillo, issu du monde rural, a été démis de ses fonctions le 7 décembre 2022 pour avoir tenté de dissoudre le Congrès de façon illégale. Après son arrestation, de nombreuses manifestations spontanées ont éclaté un peu partout dans le pays, mais surtout dans les zones rurales les plus pauvres. La répression menée par la vice-présidente Boluarte, qui a succédé à Castillo, a été extrêmement violente. Plus de 60 personnes ont été tuées et 600 blessées, avec deux massacres dans les régions d’Ayacucho et Juliaca. La violence de la répression a rappelé les pires moments de la période Fujimori et n’a fait que renforcer le sentiment de marginalisation des populations rurales. Un pays au centre de la rivalité sino-américaineLa Chine est très implantée au Pérou, qu’elle voit comme sa principale base pour une pénétration commerciale en Amérique du Sud.Le port en eau profonde de Chancay, doté d’un statut privé, est devenu opérationnel en novembre 2024 et est le plus large de la côte pacifique de l’Amérique du Sud : il est le pour le moment le seul à pouvoir accueillir des porte-conteneurs ultra larges (entre 18 000 et 24 000 tonnes). C’est probablement aussi le port le plus moderne, qui intègre des technologies de pointe, notamment des systèmes d’automatisation très sophistiqués pour le chargement et le déchargement des navires. C'est aussi le plus vaste et complexe investissement chinois en Amérique latine : la société chinoise de transport maritime COSCO en possède 60 %. Le coût total du port une fois entièrement terminé est estimé à 3,5 milliards de dollars. La première phase qui a permis sa mise en opération a déjà coûté 1,3 milliard de dollars.Les Chinois ont misé sur Chancay pour augmenter considérablement les échanges commerciaux avec l'Amérique latine en court-circuitant les ports nord-américains.Les Chinois ont misé sur Chancay pour augmenter considérablement les échanges commerciaux avec l'Amérique latine en court-circuitant les ports nord-américains. Le port va aussi leur permettre de faciliter leur accès aux minéraux rares de la côte pacifique et représente une concurrence directe pour les grands ports nord-américains comme Cardenas au Mexique et Los Angeles, Long Beach ou Oakland aux États-Unis. Il réduit considérablement la capacité de contrôle des Américains sur le commerce chinois avec l’Amérique latine. Lorsque le port aura atteint sa capacité opérationnelle maximale, il pourra atteindre une capacité de 3,5 millions de conteneurs par an, ce qui est colossal pour un port d’Amérique latine. Le coût du commerce international avec la Chine et ses voisins en sera réduit non seulement pour le Pérou mais aussi pour l’Équateur, la Bolivie et le Chili, et même probablement le Brésil.La Chine est également de loin le principal partenaire commercial du Pérou. Les États-Unis viennent en deuxième position, loin derrière, avec une valeur des exportations du Pérou vers les États-Unis trois fois inférieure à celle des exportations vers la Chine. Le niveau d’importation de biens du Pérou en provenance des États-Unis est deux fois inférieur à celui des biens en provenance de la Chine. Cette progression très rapide du commerce avec la Chine s’accompagne d’un accroissement des investissements chinois notamment dans l’énergie. Americas Quarterly rapporte que, récemment, la compagnie américaine Sempra a vendu la compagnie d’électricité alimentant Lima, Luz del Sur, à l’entreprise publique chinoise Three Gorges, que l’Italien ENEL a vendu sa compagnie de distribution énergétique chinoise à une entreprise publique chinoise et que le groupe suisse Glencore a vendu les mines de Las Bambas à une autre entreprise d’État chinoise. Cependant, Americas Quarterly note qu’en termes de montant total des investissements étrangers, la Chine reste très minoritaire au Pérou avec seulement 4 % des investissements, alors que les États-Unis en possèdent 16 % et les Européens 50 %.Bien que les États-Unis aient à maintes reprises critiqué le port de Chancay et essayé d’exercer des pressions sur le gouvernement péruvien pour qu’il accroisse la transparence des opérations du port, à ce stade il est difficile de voir comment les États-Unis pourraient réduire la progression de l’influence chinoise au Pérou. Le renforcement de la coopération économique entre le Pérou et la Chine semble bénéficier grandement aux deux pays et les États-Unis pourraient difficilement rivaliser. Des discussions sont en cours avec des investisseurs américains sur la construction d’un autre port en eau profonde à Arequipa, et des entreprises américaines gèrent deux autres ports sur la côte pacifique du pays. La présence américaine demeure donc importante, et les États-Unis sont loin d’être poussés dehors même s’ils perdent chaque année des parts de marchés dans le commerce avec le Pérou. Enfin, il est peu probable que les États-Unis veuillent créer une nouvelle source de tension avec la Chine, alors que depuis sa dernière visite à Beijing, Trump cherche visiblement à calmer le jeu avec la Chine et recherche une stabilité stratégique, sans compter que, dès lors que le port de Chancay existe déjà, on voit mal comment persuader les Péruviens de ne pas en faire plein usage.Les défis de la nouvelle PrésidenceL’élection confirme le virage à droite de l’Amérique latine, qui a vu une succession de victoires politiques des conservateurs ces dernières années. Dans le cas du Pérou cependant, ce virage est tout relatif puisqu’il exprime de façon plus ambivalente dans les élections présidentielles que dans les élections législatives. Quoi qu’il en soit, au-delà de sa signification globale, cette élection va avoir des implications importantes immédiates pour le Pérou dans deux domaines : le possible retour de la stabilité politique et la capacité du gouvernement à gérer la rivalité sino-américaine sur son territoire.Quoi qu’il en soit, au-delà de sa signification globale, cette élection va avoir des implications importantes immédiates pour le Pérou dans deux domaines : le possible retour de la stabilité politique et la capacité du gouvernement à gérer la rivalité sino-américaine sur son territoire.L’élection de Keiko Fujimori pourrait avoir un impact sur la stabilité du politique du fait de la domination de son parti au Congrès : son parti Fuerza Popular a la réputation d'être bien structuré et discipliné. La candidate connaît aussi bien les rouages de la politique péruvienne et son parti, après avoir poussé un certain nombre de présidents dehors, devrait veiller à assurer le maintien de la présidente. Toutefois, le parti de Keiko Fujimori est de loin le plus solide et le mieux représenté au Congrès, mais n’est pas majoritaire. Le Congrès est à nouveau constitué de deux chambres depuis la réforme constitutionnelle de mars 2024 : un Sénat de 60 membres et une Chambre des députés de 130 membres. Alberto Fujimori avait supprimé le Sénat en 1993 afin de renforcer le pouvoir de la présidence. Le nouveau Sénat a des pouvoirs très importants et va certainement jouer un rôle central dans la mise en place des politiques du gouvernement. La nouvelle présidente devra démontrer sa capacité à créer une forte coalition au-delà de son parti en rassemblant de nombreux petits partis de droite et du centre autour de son programme. Si Keiko Fujimori devrait avoir les moyens politiques de créer cette coalition, cela ne sera certainement pas facile du fait de la forte fragmentation du Congrès et de la très faible majorité avec laquelle elle a été élue.Mais au-delà de son habileté à créer une coalition, pourra-t-elle éviter la tentation de jouer la carte populiste qui a défini une grande partie de son action politique par le passé ? Saura-t-elle et pourra-t-elle rétablir un minimum de confiance dans la politique et les politiciens parmi les citoyens, et répondre aux nombreuses attentes de la population sur la sécurité, la réduction de la corruption dans la classe politique et l’amélioration des services de base essentiels à une réduction des inégalités ?En ce qui concerne la gestion de la rivalité sino-américaine au Pérou, sa position en faveur d’une économie libérale et son conservatisme devraient rassurer les États-Unis. Cependant, Keiko Fujimori est avant tout une politicienne nationaliste et elle n’a pas indiqué durant sa campagne son intention de s’aligner avec Trump, comme Javier Milei en Argentine ou José Antonio Kast au Chili l’ont fait. Elle a indiqué son intention de renforcer les relations avec les États-Unis et s’est déclarée en faveur de l’intervention américaine au Venezuela, mais dans le même temps, rien n’indique qu’elle ait l’intention de remettre en question les liens privilégiés du Pérou avec la Chine. Comme presque tous les chefs d’État d’Amérique latine, elle tentera certainement de ménager la chèvre et le chou et devrait être en meilleure position que ses prédécesseurs immédiats pour le faire.Si Roberto Sánchez finit par gagner les élections, ce qui est actuellement peu probable, il sera dans une situation politique beaucoup plus fragile que Keiko Fujimori. Même si une partie de son programme pourrait contribuer à réduire les fractures sociales que connaît le pays, il aurait beaucoup de mal à rétablir une stabilité politique et serait confronté à une opposition féroce de la part du congrès qui est majoritairement à droite. Il rencontrerait aussi probablement une forte hostilité de la part de l’administration américaine qui le mettrait dans une position délicate pour gérer la compétition entre la Chine et les États-Unis.Copyright image : Martin BERNETTI / AFPImprimerPARTAGERcontenus associés 11/03/2026 Le rêve de Marco Rubio pour le Venezuela et Cuba Alexandre Marc 15/01/2026 L’Amérique latine à la croisée des chemins : au cœur de la nouvelle géopoli... Alexandre Marc 06/01/2026 L’Amérique latine à la croisée des chemins : un virage à droite ? Alexandre Marc