|
[Scénarios] France-Algérie : sortir de l’émotion |
|
|
Les tensions entre la France et l’Algérie se retrouvent régulièrement au cœur du débat public en France, malgré des signes récents de reprise du dialogue. Elle reste pourtant marquée par une histoire singulière et par l’importance des liens humains entre les deux pays. L’Institut Montaigne publie une nouvelle note intitulée [Scénarios] France-Algérie : sortir de l’émotion, portée par Michel Duclos, conseiller spécial géopolitique et diplomatie. Ce travail explore trois options pour la politique française à l’égard de l’Algérie et préconise une approche pragmatique de la relation. À l’approche de l’élection présidentielle, cette note vise ainsi à éclairer les choix qui pourraient se présenter aux pouvoirs publics français. |
|
|
 "C’est un sujet difficile sur lequel il est nécessaire de sortir des sentiers battus. Nous avons essayé, en rompant avec une approche trop souvent émotionnelle, d’imaginer ce que pourrait être une attitude de la France pragmatique et n’insultant pas l’avenir." - Michel Duclos, Expert Résident, Conseiller spécial - Géopolitique et Diplomatie de l’Institut Montaigne. |
|
Des domaines d’intérêts prioritaires pour la France |
|
Ces priorités s’articulent autour de trois grands enjeux : 1. Les enjeux migratoires : l’Algérie est le premier pays d’immigration légale vers la France, avec 650 000 titres de séjour en cours de validité en 2024. La relation migratoire est notamment régie par l’accord franco-algérien de 1968, qui établit un régime spécifique pour la circulation, l’emploi et le séjour des ressortissants algériens et de leurs familles. Modifié à plusieurs reprises, il crée un régime dérogatoire au droit commun pour l’immigration algérienne et favorise l’immigration familiale, à rebours des priorités de la politique migratoire française. La relation bilatérale porte également sur l’immigration illégale, l’administration de la population algérienne en France et le retour de ressortissants algériens demandé par la France. 2. La relation économique : les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 11 milliards d’euros en 2024, un niveau inférieur à celui enregistré avec le Maroc ou la Tunisie. Ils sont principalement centrés sur les énergies fossiles : celles-ci représentent plus de la moitié des échanges et près de 90 % des importations françaises depuis l’Algérie. Si la France dispose d’un portefeuille d’investissements très diversifié en Algérie, le potentiel de la relation économique reste néanmoins largement inexploité. Elle fait par ailleurs face à une concurrence accrue d’acteurs comme l’Italie, la Chine et la Turquie. 3. Un ensemble d’enjeux plus larges, liés à la francophonie, à la mémoire et à la géopolitique : si la place du français en Algérie est appelée à reculer sous l’effet de l’arabisation et de la montée de l’anglais, l’Algérie reste le troisième pays francophone au monde, avec 15 millions de locuteurs. Sur le plan mémoriel, les efforts français de ces dernières années n’ont pas permis d’apaiser durablement la relation. Enfin, malgré des désaccords importants, notamment sur le Sahara occidental, des convergences existent sur d’autres enjeux régionaux, en particulier en Tunisie et au Sahel. |
|
Trois scénarios pour la politique algérienne de la France |
|
Partant de cette analyse, la note identifie trois scénarios qui correspondent à autant de politiques possibles pour le prochain président français. Elle indique les principaux leviers d’action, ainsi que les risques et opportunités associés, notamment au regard des réactions possibles des autorités algériennes et de l’opinion publique française. 1. “La continuité” : dans ce scénario, la France poursuit sa politique actuelle dans l’espoir d’une amélioration durable des relations. S’il a l’avantage d’être prévisible, il risque néanmoins de reproduire les dynamiques observées ces dernières années, sans traiter les problèmes de fond. 2. “La rupture” : la France procède à une dénonciation unilatérale de l’accord de 1968, au risque de déclencher une crise diplomatique qui pourrait entraîner une escalade. 3. “La désensibilisation” : cette option vise à désensibiliser la relation franco-algérienne du côté français, en privilégiant une gestion technique plus sobre de la relation. Elle limite les risques tout en restant compatible avec les deux approches précédentes. |
|
Notre recommandation : la “désensibilisation flexible” |
|
La note recommande une approche mixte, qualifiée de “désensibilisation flexible”. Celle-ci s’articule autour du troisième scénario tout en intégrant certains éléments du scénario de la rupture, notamment la sortie de l’accord de 1968, et en maintenant une ouverture aux convergences et aux opportunités de coopération, notamment dans les domaines économiques et géopolitiques. Alors que la relation alterne entre tentatives de réconciliations et périodes de froid diplomatique, cette approche vise à adopter une attitude plus pragmatique du côté français, sans prétendre suggérer aux autorités algériennes une ligne de conduite ni nier le caractère singulier de cette relation. |
|
|
À propos de l’Institut Montaigne Créé en 2000, l’Institut Montaigne est un espace de réflexion, de propositions concrètes, et d’expérimentations au service de l’intérêt général. Think tank de référence en France et en Europe, ses travaux sont le fruit d’une méthode d’analyse rigoureuse, critique et ouverte qui prend en compte les grands déterminants sociétaux, technologiques, environnementaux et géopolitiques aux fins d’améliorer les politiques publiques. Association à but non lucratif, l’Institut Montaigne structure son action autour de quatre piliers thématiques : la cohésion sociale, les dynamiques économiques, l’action de l’État et les coopérations internationales. Dans la collégialité et l’indépendance, l’Institut Montaigne rassemble des entreprises, des chercheurs, des fonctionnaires, des associations, des syndicats et des acteurs de la société civile aux profils variés. Ses publications s’adressent aux décideurs publics et privés, aux responsables politiques et économiques ainsi qu’aux citoyens engagés. Depuis sa création, ses financements sont exclusivement privés, aucune contribution n'excédant 2% du budget annuel de 7 M€. |
|
|
|